Le goût amer de l’abîme (Challenger deep) – Neal Shusterman

couverture

Synopsis (Sortie le 30 août 2018):

A priori, Caden Bosch est un adolescent de quinze ans ordinaire qui invente des jeux vidéos avec ses meilleurs amis et veut faire partie de l’équipe d’athlétisme. Mais dans son esprit, il est aussi le passager d’un vaisseau lugubre voguant sur les mers déchaînées. Marchant seul et pieds nus dans les rues, craignant que ses camarades de classe ne veuillent le tuer, Caden se perd petit à petit entre hallucinations et réalité. Le début d’un long voyage au plus profond des abysses, au coeur de la schizophrénie, où il risquerait bien de se noyer.

Mon avis:

Je remercie Nathan-Lire en Live pour leur confiance.

Il n’a suffi que du nom de Neal Shusterman pour me convaincre de lire ce roman tant j’avais adoré son roman Les fragmentés, dont je n’ai toujours pas continué la suite (honte à moi!) Et puis, il faut dire que le résumé met bien en appétit alors, qu’en est-il?

Je dois l’avouer, j’ai été complètement déboussolée par le contenu de ce roman: je savais que j’assistais à la schizophrénie émergente et grandissante du héros, Caden, mais j’ignorais que j’allais être prise dans les méandres de son esprit.

L’impression globale que je retiens de cette histoire, c’est de la confusion. J’ai l’impression qu’à l’instar de Caden, j’ai été prise dans des vagues immenses qui m’empêchaient de toucher la terre et que dès que j’en approchais, une baleine blanche en sortait pour m’entraîner toujours plus loin. C’est une véritable tempête que j’ai vécue dans le sens où d’un côté, j’ai été très très très tentée d’abandonner cette lecture. Je n’arrivais pas à entrer dans le récit. C’était trop surréel. J’avais du mal à apprécier le héros car même si l’action est racontée à travers son point de vue décousu, je n’arrivais pas pour autant à ressentir quelque empathie pour lui. J’étais en retrait.

Ce n’est pas parce que c’est un long voyage qu’on est condamné à le faire pour toujours.

Dans le même temps, il y a quelque chose qui m’a incitée à ne pas refermer définitivement Le goût amer de l’abîme. L’auteur a réussi à titiller ma curiosité et à me faire demander où menait son histoire. J’avais tant besoin de savoir ce qu’il advenait des délires de Caden que même si je lisais pratiquement en diagonale, je restais tout de même là. Et j’ai été récompensée par des passages qui débordaient de vérités et de sagesse. Des passages qu’on relit et qui nous touchent par leur sincérité et qui nous font réfléchir. Par exemple, à propos des tentatives de suicide:

N’empêche que si on a besoin d’approcher la mort de si près juste pour crier au secours, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas quelque part. Soit on n’a pas crié assez fort au départ, soit les gens autour de soi sont sourds, bêtes et aveugles. Ce qui me laisse penser que c’est n’est pas qu’un cri pour appeler au secours mais plutôt un cri à prendre au sérieux. Un cri pour dire : » Je souffre tellement que, pour une fois, le monde doit s’arrêter de tourner pour moi. »

Je n’ai jamais tourné de pages aussi vite. Je m’ennuyais, je n’accrochais pas mais en même temps, je ne pouvais pas arrêter de lire. De quoi croire que j’étais également atteinte de schizophrénie! Et justement, au final, c’est ce mérite que je dois reconnaître à Neal Shusterman. Sa plume m’a tenue captive et m’a fait vivre littéralement le tourbillon qui agite Caden du début à la fin. C’est très fort!

Alors, je suis incapable de dire si j’ai aimé ce roman ou si je l’ai détesté. Je ne peux que vous parler de pourquoi il me frappe et me laisse sans voix.

Du même auteur, retrouvez mon avis sur Les fragmentés.

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Quadrilogie Unwind, tome 1.5: Le peuple d’argent – Neal Shusterman

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Synopsis:

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’était devenu Lev entre le moment où il a quitté CyFyi et celui où il est arrivé au cimetière?

Mon avis:

Cette nouvelle se passe juste après que l’ami de Lev, Cyfyi ait eu sa « closure ».

Nous retrouvons Lev dans une réserve indienne. La seule qui n’ait pas signé la Charte et qui représente donc une société totalement différente de celle que connaît Lev.

Celui-ci a été recueilli suite à une mauvaise chute, apparemment et se retrouve rapidement intégré à la tribu du Peuple d’Argent et le récit nous est raconté de son seul point de vue, nous permettant ainsi de saisir les rouages de son raisonnement et de mieux comprendre comment il est devenu ce qu’il est devenu avant d’arriver au Cimetière.

Vous pensez que cette nouvelle ne nous apprendra rien?

Au contraire, elle révèle d’autres aspects de l’histoire mais surtout, la noirceur de l’âme de certains hommes et leur cupidité.

Ce faisant, elle met en relief les enjeux de la société dans laquelle évoluent nos héros et ne peut que nous interpeller par son injustice criante et l’injustice qui va se commettre sous nos yeux impuissants.

Cette nouvelle complète l’histoire à merveille en comblant les trous de l’histoire de Lev et en répondant aux questions qu’on se posait à la lecture des Fragmentés.

Dans le premier volume, j’avais été en effet surprise par la colère flagrante de Lev envers le monde, par la décision qu’il a prise de devenir ce qu’il est devenu et Neal Shusterman réussit à nous transporter et à nous faire assister véritablement à l’évolution de Lev. Devant nous, il passe vraiment d’un état d’innocence à l’age adulte et on comprend pourquoi l’auteur le décrit comme quelqu’un qui en a trop vu dans sa vie.

D’habitude, j’ai du mal à apprécier des personnages introduits en cours de route mais là, les enjeux qu’ils représentent ainsi que leur caractère font qu’on s’attache très vite à eux.

Par le biais de Will notamment et surtout, on saisit et on se révolte contre les choix des gouvernants. Lorsque vous avez la possibilité de recourir à une solution et que vous choisissez celle qui fera souffrir le plus de monde, comment pouvez-vous tolérer cela? Surtout lorsque vous découvrez que vos chefs vous ont caché le fait même qu’une autre solution existe? Comment?

Alors, oui, une bouffée de rage vous prend. Vous haïssez les gens qui laissent faire cela même de façon passive. Vous vous moquez de faire du mal à d’autres car vous avez subi la pire souffrance qui soit.

Un désir de revanche vous envahit et vous pousse à agir.

Et parce qu’on a vécu ce moment, ce petit moment où vos peurs laissent place à une colère froide et implacable, vous adhérez à la fin de la nouvelle.
Vous faites plus que la comprendre, vous faites vous-mêmes ce choix.

Neal Shusterman a en ça un talent rare: vous n’êtes pas à la place du héros à ce moment-là. Vous devenez le héros.

Retrouvez mon avis sur:
– Le 1er tome, Les fragmentés: sur ce lien.