Breathing underwater – Alex Flinn

couverture

Synopsis (Traduction du résumé par moi. Sortie française non prévue):

Pour ses amis, Nick Andreas, 16 ans, beau et populaire, a une vie parfaite. Mais les autres participants du programme de management de la colère auquel participe Nick savent qu’il en est autrement. Idem pour Caitlin son ex petite-amie. On dirait désormais que la seule personne à ne pas réaliser à quel point sa vie est imparfaite est Nick lui-même.

Mon avis:

Une fois n’est pas coutume, ce roman d’Alex Flinn, référence en matière de YA, nous plonge dans un thème dur: la maltraitance, la violence domestique et nous raconte l’histoire du point de vue de celui qui bat l’autre, Nick.

Le roman s’ouvre sur une scène de rupture, celle de Caitlin et de Nick puis un bond en avant nous fait assister à une audience où le juge condamne celui-ci à suivre un programme de management de la colère et à retranscrire dans un journal chaque jour depuis sa rencontre avec Caitlin jusqu’à celui où il a levé la main pour la première fois sur sa petite amie.

Je dois dire que moi qui avais peur que cette thématique soit traitée dans l’extrême, c’est à dire soit avec lourdeur et pathos soit avec trop de légèreté, j’ai été encore une fois conquise par la manière d’écrire et de raconter l’histoire qu’a Alex Flinn.

A travers le journal de Nick, l’histoire qu’il a vécue avec Caitlin et les évènements qu’il relate comme si nous assistions à la projection d’un film, nous vivons en même temps que Nick ses émotions et son cheminement de pensée. On se rend compte qu’il sait qu’il n’a pas une vie parfaite. Loin de là. Il envie celle de son meilleur ami, Tom, en regrettant souvent que la famille de celui-ci ne soit pas la sienne, il a conscience du fait qu’il y a un problème avec son père … Il est lucide sur la situation de sa famille objectivement parlant mais quand il s’agit de lui, là, il perd toute objectivité.

Au fur et à mesure que l’histoire avance, en se confiant à son journal, Nick nous raconte ces petits détails, cette escalade de choses qui semblent anodines mais qui, accumulées ensemble et dans le temps, montre à quel point il est facile de franchir la barrière. Vous commencez par une bouchée de ce délicieux gâteau qui vous appelle et sans vous en rendre compte, vous avez tout mangé.

Pour Nick, tout a commencé ainsi. Au début, c’était de l’hostilité réciproque avec la meilleure amie de Cat.

Au début, il gérait cette contrariété. Il n’avait qu’à ignorer Elsa – c’est le prénom de cette amie qu’il déteste tant – et le tour était joué. Normal.

Ensuite, ça a été tous ces petits trucs. Des broutilles comme ce collier qu’il n’aimait pas et qu’il a jeté après avoir ordonné à Cat de l’ôter. Des mauvaises paroles. Des regards noirs lorsqu’elle était en contact avec d’autres mecs.

Puis la descente aux enfers pour elle. Un petit-ami qui contrôle ses moindres faits et gestes. Qui la rabaisse sans cesse en l’insultant. Qui bat le chaud et le froid. Qui l’espionne et la suit.

Et un jour, cette barrière est franchie. Il passe à l’acte et manque de la tuer.

Comme tous ceux qui se retrouvent ainsi, Nick ne se rend pas compte de son problème. Pour lui, c’est normal. Il est enfermé dans un monde où la violence est reine à cause de son propre père.

Seulement, Cat commet l’erreur de lui pardonner. Par amour, par peur. En fait, si Nick se retrouve dans le programme, c’est grâce au fait que Tom est intervenu un soir pour défendre Cat alors que Nick était en train de la battre à mort. Il avait perdu tout contrôle.

Breathing underwater n’a aucune vocation à nous faire ressentir de la sympathie pour Nick. Même si nous sommes dans sa peau et que nous connaissons son passé, son vécu, ses actes restent inexcusables. Seulement, Alex Flinn réussit un tour incroyable: elle nous fait nous interroger. Nous sommes témoins des dysfonctionnements de Nick et en même temps, on reconnait forcément une part de nous en lui. Elle nous fait comprendre à quel point l’environnement dans lequel on évolue joue sur notre mentalité, sur nos actes.

A la fin du livre, comme Nick le souligne, un bilan se dresse: on a beau savoir que l’univers compte des milliards d’étoiles sans avoir de preuve tangible pour nous le prouver, l’homme confronté à une vérité plus concrète, comme le fait qu’on lui dise de ne pas toucher un banc car la peinture est fraîche, aura besoin de se le prouver car il n’a pas été éduqué à croire en ces choses simples.

Ces choses simples, on y croit lorsqu’on croit déjà en soi-même pour se faire confiance.

En parallèle de Nick, l’auteure nous présente une galerie de personnages qui apportent tous quelque chose à l’histoire.

Mario, l’animateur du programme auquel participe Nick fait office de mentor mais il a plus d’impact car il sait exactement quels mots poser sur ce que ressentent ces élèves. Il les comprend et tient véritablement à les aider, n’hésitant pas à leur donner ses numéros de téléphone personnels.

Léo, le nouvel ami que se fait Nick est celui qu’il aurait pu devenir et il sert véritablement de détonateur à sa prise de conscience, au fait qu’il admet et accepte enfin ce qu’il est.

Cat, notre victime incarne cette force de volonté que devraient avoir toutes les femmes victimes d’abus. Elle se relève et affronte son pire cauchemar. Elle est un exemple. Elle nous montre ainsi qu’à Nick que même si vous voulez rester accroché de toutes vos forces à quelque chose, parfois, il vaut mieux la laisser partir.

Breathing underwater est donc un énorme coup de coeur. Une claque phénoménale (Je dis ça en bien!) Malgré le thème peu attractif, l’histoire m’a happée et m’a énormément touchée car qui, au fond de lui, ne ressent pas d’insécurité? Ce roman nous incite à faire un travail de réflexion sur nous-mêmes. C’est plus qu’une histoire. C’est une leçon: lorsque vous laissez la voix de l’insécurité prendre le dessus sur vous, vous devenez ce que vous ne voulez pas être.

Un livre compagnon de Breathing Underwater, du point de vue de Cat et se déroulant après les évènements de ce tome est sorti récemment et j’ai hâte de le découvrir. Son titre est Diva pour les curieux.

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Lindy’s diary – Alex Flinn

couverture

Synopsis (Traduction du résumé par moi. Sortie française non prévue) :

Cher journal,

Je suis enfermée et je n’ai personne à qui me confier sauf toi… et lui. Sa fourrure, ses griffes – elles m’ont d’abord prise de court mais maintenant, j’observe quelque chose d’autre chez lui – quelque chose de plus profond. C’est son regard. Il me dit qu’il a un secret mais c’est bon, j’en ai un aussi. Je crois que je suis en train de tomber amoureuse de lui…

Mon avis:

Ce livre est le compagnon de Sortilège, du même auteur et raconte la même histoire en se plaçant du point de vue de Lindy.

L’auteure a ici choisi de procéder par journal intime interposé et à travers celui-ci, Lindy s’ouvre à nous.

On apprend notamment qu’elle succombe rapidement à Adrian même si elle passe les 3/4 de son temps à refuser ses propres sentiments naissants mais surtout, on ne peut pas lui en tenir vigueur lorsqu’on comprend réellement comment elle a été élevée, comment elle a dû assumer le rôle de mère face à un père perdu et démissionnaire.

Très court, ne possédant qu’une petite centaine de pages, le journal de Lindy nous éclaire sur les pensées qu’elle entretient durant sa « captivité » et nous offre un nouvel éclairage sur l’histoire. On se rend profondément compte qu’une histoire a toujours plusieurs facettes et qu’elle n’est pas unique.

On peut avoir plusieurs façons de la raconter comme on peut avoir plusieurs façons de la ressentir.

J’ai apprécié que l’auteure nous immerge complètement dans la peau de Lindy et qu’elle nous fasse appréhender ses réactions.

De plus, elle a réussi le tour de force de faire intervenir Kendra alors que rien, dans Sortilège, ne laissait entrevoir ces situations de rêve éveillé.

Le bémol se concentre plutôt sur le style de rédaction du journal.

Lindy est une jeune fille de seize ans qui tient un journal, d’accord mais j’ai détecté une certaine incohérence entre sa maturité et sa façon d’écrire. On a l’impression de lire une adolescente exhubérante alors que Lindy est introvertie et plus réfléchie dans sa manière de s’exprimer.

Malgré cela, la lecture de ce compagnon de route m’a plue et contrebalance la déception que j’ai pu avoir de Bewitching qui allait un peu dans tous les sens à mon goût.