Quadrilogie Unwind, tome 1.5: Le peuple d’argent – Neal Shusterman

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Synopsis:

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’était devenu Lev entre le moment où il a quitté CyFyi et celui où il est arrivé au cimetière?

Mon avis:

Cette nouvelle se passe juste après que l’ami de Lev, Cyfyi ait eu sa « closure ».

Nous retrouvons Lev dans une réserve indienne. La seule qui n’ait pas signé la Charte et qui représente donc une société totalement différente de celle que connaît Lev.

Celui-ci a été recueilli suite à une mauvaise chute, apparemment et se retrouve rapidement intégré à la tribu du Peuple d’Argent et le récit nous est raconté de son seul point de vue, nous permettant ainsi de saisir les rouages de son raisonnement et de mieux comprendre comment il est devenu ce qu’il est devenu avant d’arriver au Cimetière.

Vous pensez que cette nouvelle ne nous apprendra rien?

Au contraire, elle révèle d’autres aspects de l’histoire mais surtout, la noirceur de l’âme de certains hommes et leur cupidité.

Ce faisant, elle met en relief les enjeux de la société dans laquelle évoluent nos héros et ne peut que nous interpeller par son injustice criante et l’injustice qui va se commettre sous nos yeux impuissants.

Cette nouvelle complète l’histoire à merveille en comblant les trous de l’histoire de Lev et en répondant aux questions qu’on se posait à la lecture des Fragmentés.

Dans le premier volume, j’avais été en effet surprise par la colère flagrante de Lev envers le monde, par la décision qu’il a prise de devenir ce qu’il est devenu et Neal Shusterman réussit à nous transporter et à nous faire assister véritablement à l’évolution de Lev. Devant nous, il passe vraiment d’un état d’innocence à l’age adulte et on comprend pourquoi l’auteur le décrit comme quelqu’un qui en a trop vu dans sa vie.

D’habitude, j’ai du mal à apprécier des personnages introduits en cours de route mais là, les enjeux qu’ils représentent ainsi que leur caractère font qu’on s’attache très vite à eux.

Par le biais de Will notamment et surtout, on saisit et on se révolte contre les choix des gouvernants. Lorsque vous avez la possibilité de recourir à une solution et que vous choisissez celle qui fera souffrir le plus de monde, comment pouvez-vous tolérer cela? Surtout lorsque vous découvrez que vos chefs vous ont caché le fait même qu’une autre solution existe? Comment?

Alors, oui, une bouffée de rage vous prend. Vous haïssez les gens qui laissent faire cela même de façon passive. Vous vous moquez de faire du mal à d’autres car vous avez subi la pire souffrance qui soit.

Un désir de revanche vous envahit et vous pousse à agir.

Et parce qu’on a vécu ce moment, ce petit moment où vos peurs laissent place à une colère froide et implacable, vous adhérez à la fin de la nouvelle.
Vous faites plus que la comprendre, vous faites vous-mêmes ce choix.

Neal Shusterman a en ça un talent rare: vous n’êtes pas à la place du héros à ce moment-là. Vous devenez le héros.

Retrouvez mon avis sur:
– Le 1er tome, Les fragmentés: sur ce lien.

Quadrilogie Unwind, tome 1: Les fragmentés – Neal Shusterman

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Synopsis:

Dans une société traumatisée par la Seconde Guerre civile, une loi autorisant la fragmentation a été votée. Celle-ci stipule qu’il est interdit d’attenter à la vie d’un enfant de sa conception jusqu’à son treizième anniversaire. Passée cette date, tout parent peut décider de « résilier » son enfant en ayant recours à la fragmentation, processus qui permet de renoncer à son enfan rétroactivement. Une seule exigence: réutiliser 99% des organes du fragmenté pour qu’il continue à « vivre » à travers d’autres. Connor, Risa et Lev ne se connaissent pas, un monde les sépare. Chacun se retrouve pourtant sur la liste fatale. Leur seule échappatoire: fuir, se cacher et essayer de survivre.

Mon avis:

Je remercie les Editions du Masque pour ce partenariat qui m’a fait énormément plaisir, d’abord, parce que je ne m’y attendais pas et ensuite parce que ce livre était sur ma wish-list.

Premier tome d’une trilogie, le résumé des Fragmentés m’a immédiatement fait penser à la Déclaration de Gemma Malley, peut-être du fait que nous retrouvons des maisons remplies d’enfants abandonnés dans un contexte dystopique.

Mais la comparaison s’arrête là.

La première page nous situe le contexte par l’intermédiaire de la Charte de la Vie. Apparemment, celle-ci a été adoptée au terme d’une affreuse guerre civile et lorsque vous la lisez, vous vous doutez bien des dérives qui vont l’accompagner.

L’histoire est racontée du point de vue de trois personnages: Connor, Risa et Lev.

Le premier est issu d’une famille ordinaire et a un tempérament sanguin, ce qui lui vaut d’être souvent mêlé à des bagarres.

Risa est une enfant abandonnée. Elle n’a jamais connu ses parents et a grandi dans un foyer de l’Etat. Pour survivre, elle doit se démarquer des autres enfants avec un talent particulier. Elle doit briller.

Quant à Lev, il a été élevé toute sa courte vie (il n’a que treize ans) dans le but d’aller à l’abattoir volontairement. Issu d’une famille pourtant aimante, il a le malheur d’être embrigadé dans une secte.

C’est au cours d’un enchaînement fortuit de circonstances que ces trois personnages se rencontrent et tissent sans le savoir des liens forts et en lisant leurs péripéties, même s’il n’y a pas de violence qui se déchaîne sous nos yeux, on ne peut pas s’empêcher d’être captivé par ce roman car l’auteur a l’art de manier les émotions et les phrases.

Les héros ont beau être jeunes (Connor et Risa n’ont que seize ans), leurs raisonnements nous paraissent pourtant bien mûrs et on n’est jamais dérangés par leur façon de s’exprimer. La vie a fait qu’ils ont tous grandi trop vite et c’est dans leurs actes que leur nature se révèle.

Connor par exemple semble bagarreur et tête brûlée mais il possède la prestance et la présence d’un leader. C’est d’ailleurs ce qu’il est même s’il met du temps à s’en apercevoir. Connor est la force tranquille incarnée et ce, grâce à Risa, qui est la voix de sa réflexion. Risa a un sens aigu de l’observation et elle sait décrypter les gens comme personne. C’est tant la voix de la raison que la présence maternelle qui sait réconforter les autres et les soigner, mentalement et physiquement.

Lev au final, du haut de ses treize pommes, est celui qui est le plus complexe des trois. Peut-être parce qu’à certains moments, on le perd complètement de vue pour le retrouver changé du tout au tout. Toujours est-il qu’il est sans conteste le personnage qui a le plus évolué et appris durant ses aventures. (J’espère le retrouver dans la suite).

L’histoire donc, est captivante mais un seul chapitre a suffi à me révolter contre la société que Neal Shusterman nous décrit. Ce très court chapitre qui ne fait quue deux-trois pages est raconté d’un point de vue externe. Celle qui la vit, on ne la retrouvera jamais dans l’histoire mais elle symbolise toute la portée de l’injustice faite aux enfants. Ce chapitre est la description d’une scène banalisée dans l’histoire mais ce chapitre, est tout simplement révoltant.

Mais quel est-il, me demandez-vous?

Sans vous le spoiler, vous saurez simplement qu’il implique un bébé innocent qui va être Rejeté et une jeune fille.
Là où vous ne pouvez pas vous empêcher de ressentir une bouffée de colère, c’est lorsque l’auteur vous immerge dans ses pensées. Mais quel égoïsme!

Pourquoi je me focalise sur ce chapitre?

Déjà parce qu’il est révélateur des raisons qui font que cette société continue de rester debout, de l’adhésion implicite de ses citoyens mais surtout parce qu’il ne laisse vraiment pas, mais alors, pas du tout insensible!

Alors, bien sûr, ce livre a été un vrai page-turner avec des personnages qui nous prennent littéralement aux tripes. Surtout lorsque vous découvrez le sort de Roland. Mais qui c’est ce Roland, vous exclamez-vous!

Pour la réponse à cette question, je vous renvoie au livre.

Mais le chapitre de Roland, qui est vers la fin de ce tome est véritablement… vous ne pouvez tout bonnement pas fermer le livre à ce moment-là. Ne serait-ce que par respect.

Quoi? J’emploie les mots forts?

Eh bien … Vous comprendrez pourquoi… en lisant Les Fragmentés.

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