[BD] Les carnets de Cerise, tome 5: Des premières neiges aux perséides

Synopsis:

Cerise, onze ans, vit seule avec sa mère et rêve de devenir romancière. Elle a déjà commencé à écrire ses carnets ! Son sujet favori : les gens, et surtout les adultes. Elle les observe pour tenter de deviner leurs secrets les plus enfouis… Au fil de ses enquêtes, elle a compris à quel point son passé lui manquait et faisait tout pour ressurgir. À travers une correspondance avec sa mère, Cerise va replonger dans ses souvenirs, dans son enfance – des premières rencontres aux premiers mensonges… Ce voyage lui dévoilera le secret de ses carnets et on comprendra enfin pourquoi elle déteste tant que les adultes dissimulent quelque chose…

Mon avis:

Quel régal que cette BD! D’office, quand vous l’avez en mains, vous ne pouvez que l’admirer et le retourner sous toutes les coutures parce que vos yeux en prennent plein les mirettes.

Et puis, vous ouvrez l’objet. Dès les premières bulles, vous savez que vous allez être captivé. Le ton est donné. L’ambiance de l’album correspond complètement aux couleurs de la couverture. En effet, l’insouciance laisse place à une profondeur et à une intrigue riches en émotions.

Car nous plongeons directement dans la petite enfance de Cerise et avec cela, le traumatisme qu’elle a vécu.

Si, dans les albums précédents, le thème du deuil avait déjà été traité, il en est ici, non seulement question mais c’est aussi une ouverture vers l’après.

Comment surmonter son deuil? Comment surmonter la culpabilité? Comment être en paix avec vos derniers souvenirs de l’être aimé? Mais surtout, comment continuer à vivre?

Tout le monde a dû apprendre un jour ou l’autre à répondre à ces interrogations à sa manière. Mais l’apprentissage de Cerise trouvera une résonance en chacun de tous car il est raconté avec des mots qui parlent directement à notre coeur.

En parallèle, tandis que je luttais pour retenir quelques larmes, des rayons de soleil viennent égayer notre lecture, nous montrant que même en hiver, tout n’est pas gris.

J’ai apprécié les dialogues entre Cerise et sa mère. Elles ont du chemin à parcourir mais leur honnêteté nous émeut invariablement.

Enfin, le coloring vient sublimer des planches déjà superbes au départ. Cela vous semblera peut-être répétitif par rapport à ce que je disais déjà avant sur cette série mais décidément, mes yeux sont amoureux de cette BD. Voilà. Et si vous hésitiez à vous lancer dedans de peur que ce soit trop jeunesse ou je ne sais quoi, j’ai juste envie de vous dire: n’hésitez plus! Franchement, cette BD parle à tout le monde.

Retrouvez mon avis sur: le tome 2.

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Lise et les hirondelles – Sophie Adriansen

couverture

Synopsis (Sortie le 1er février 2018):

A treize ans, Lise a une passion pour les hirondelles. Mais lorsqu’elle les voit revenir à Paris en cet été 1942, les oiseaux ne parviennent pas à lui faire oublier les conséquences de l’Occupation: le rationnement, les alertes, la fermeture de l’atelier de confection familial, l’attitude de ses amis depuis qu’elle porte une étoile jaune sur ses vêtements. Le 16 juillet, la vie de Lise bascule lorsqu’elle assiste, impuissante de la fenêtre de ses voisins, à l’arrestation de toute sa famille…

Mon avis:

Je remercie les Editions Nathan/Lire en Live pour leur confiance.

L’histoire nous est racontée par Lise alors que la persécution des Juifs s’installe insidieusement dans son quotidien. Aînée d’une fratrie de trois, elle veille sur ses deux petits frères jumeaux, Ariel et Zacharie et tente tant bien que mal de les préserver du mal environnant.

On est capable d’endurer plus que ce que l’on croit.

Lise est une rêveuse. Douée de ses mains pour coudre, à l’instar de ses parents, elle voue une passion pour les hirondelles et amène de la poésie dans ce qu’elle vit en comparant ses jours à ceux des oiseaux. Par ce biais, elle m’a fait me poser des questions auxquelles je cherche toujours une explication. Par exemple:

Les hirondelles migrent pour fuir le froid et la faim. En hiver, les insectes volants dont elles se nourrissent disparaissent chez nous, ils ne résistent pas à la baisse des températures tandis qu’en Afrique on en trouve à foison. Elles pourraient y rester, s’y installer définitivement. Après tout, il y fait chaud toute l’année et toute l’année, a nourriture abonde. Alors pourquoi regagner le dortoir?, pourquoi rentrer à la maison?

Cependant, je dois avouer que j’ai ressenti un peu de mal à m’imprégner de l’histoire à cause du personnage de Lise. En effet, je l’ai trouvée plutôt en retrait de ce qu’elle subissait ou alors, ses actes ne me paraissaient pas réalistes. L’intention était de rendre Lise, je pense, forte, intelligente, vive d’esprit et pro-active mais je n’ai pas ressenti le résultat. J’avais l’impression que l’action était plus racontée que vécue. Or, dans ce genre d’histoire, même si je ne recherche pas forcément à ressentir une empathie extraordinaire pour les héros, je recherche néanmoins une espèce de compréhension intrinsèque des évènements. Je veux avoir l’impression d’être dans la peau des personnages. Ce qui n’était pas le cas pour une grande partie du roman, malheureusement.

Néanmoins, certaines scènes m’ont marquées, comme des flashes.

A l’écran, les problèmes trouvent toujours une solution, les mauvaises personnes sont punies, les coeurs purs sont sauvés et rien n’est jamais grave. L’existence y est facile et surtout, elle y est juste.

Il suffit de peu, d’une image, d’une phrase pour que cela résonne en moi.

On comprend que la jeunesse de Lise est volée sous nos yeux. Peut-être que si elle n’avait pas vécu ce qu’elle vit, que je ne l’aurais certainement jamais prise en sympathie. Mais les regrets qu’elle exprime sont universels. Osez dire, vous, que vous n’avez jamais souhaité voir dans le futur pour savoir ce que la vie vous réservait.

C’est étrange comme on peut s’habituer à certains changements. Un jour, la guerre s’est installée et c’était comme si elle avait toujours été là. Et puis, la guerre cesse, la fureur se tait et du jour au lendemain, je réalise que la guerre ne sera bientôt plus qu’un souvenir.

Sophie Adriansen parvient à nous raconter avec pudeur la désillusion d’une enfant qui grandit trop vite. Elle aborde des thèmes adultes à travers les yeux d’une enfant devenue femme trop vite. Elle ne nous cache rien de la réalité mais elle rappelle que rien n’est noir ou blanc. Que les faits héritent de la complexité de ceux qui les font.

C’est donc sur le dernier quart du roman que j’ai été véritablement prise au jeu. La plume de l’auteure m’a émue par la sincérité de son ton et de ses vérités. Lise et les hirondelles constituerait presque une fable, une ode à l’innocence et à la nécessité de la préserver.

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