La théorie de l’iceberg – Christopher Bouix

Places

Synopsis (Sortie le 20 septembre 2018):

Noé, quinze ans, est un garçon introverti et plutôt solitaire qui vit dans une petite ville de la côté atlantique. Suite à un accident de surf qui lui laisse quelques séquelles, dont un bégaiement incontrôlable, il se réfugie dans la littérature. Tenté par un concours de nouvelles, il se met à l’écriture. Et fait la connaissance de Lorraine, une drôle de fille passionnée d’astronomie. Pour Noé, ce n’est que le début de découvertes et de rencontres déterminantes. Le cheminement d’une renaissance qui se savoure comme une fin d’été.

Mon avis:

Je remercie les Editions Gallimard Jeunesse/On lit plus fort pour leur confiance.

L’histoire nous est racontée du point de vue de Noé et débute juste avant son accident. Il ne vit que pour le surf, préférant passer tout son temps libre avec l’océan plutôt qu’avec des personnes et sa passion est uniquement focalisée sur sa planche.

Six mois après son traumatisme crânien dont il en est ressorti presque indemne – il n’en a gardé qu’un bégaiement qui lui pourrit la vie – il s’est complètement refermé sur lui-même. Il a maintenant peur de l’eau et ressent une espèce d’angoisse à chaque fois qu’il voit sa planche, ne serait-ce que de loin. C’est pour cela qu’il se console avec les livres, le seul endroit où il est libre d’être lui-même et où son handicap ne le complexe pas. Avec lui, le proverbe comme quoi on a mille vies grâce aux livres se vérifie.

Ecrire, c’est comme repasser une chemise. Il faut refaire le même geste, encore et encore, jsquu’à ce que tous les plis aient disparu. Longtemps, j’ai cru qu’il fallait du courage. Mais en fait, non. Il faut de l’entêtement.

Un concours de circonstances l’amène à rencontrer M. Hereira et Lorraine. Le premier m’a beaucoup fait penser à Carl, de Là-haut. Le jour où Noé le voit pour la première fois, il est en robe de chambre et pointe sur lui un fusil. Grincheux, il n’attire pas notre sympathie tout de suite, suscitant plutôt le désarroi et l’envie de fuir. C’est un vieillard qui vit reclus dans sa maison et qui n’en sort jamais. C’est peut-être pour cela que Noé ne se laisse pas désarçonner par ses grognements: il reconnaît lui-même qu’il pourrait être M. Hereira s’il se laissait enfermer dans ses jugements hâtifs vis-à-vis des autres.

Je voulais me rappeler que la vie, justement, ce n’est pas ça. Ce n’est pas un coucher de soleil permanent sur l’océan Pacifique. La vie, c’est plus que ça. C’est affronter le réel. C’est se lever. C’est agir.

Lorraine, c’est la pépite de lumière qui met le feu au monde de Noé. Pétillante et exubérante, sa bonne humeur incité Noé à sortir de sa coquille. Elle se passionne pour tout et contamine son entourage avec son enthousiasme. Elle nous fait sourire et c’est par elle que la curiosité de Noé pour ce qui l’entoure se réveille. Lorraine, c’est comme une étincelle. Il suffit de sa présence pour que tout reprenne vie autour d’elle.

La renaissance de Noé se fait principalement grâce à ces deux personnes hors normes qui voient au-delà de son bégaiement pour l’aider à grandir. J’ai beaucoup aimé l’amitié qui se noue entre Noé et M. Hereira. C’est une relation de mentor et d’élève mais c’est également un enrichissement personnel réciproque. Noé améliore son écriture et prend confiance en lui tandis que M. Hereira réapprend à vivre et à faire ses pas dans le monde. M. Hereira nous montre que nous avons toujours quelque chose à apprendre même à l’aube de notre existence.

Je pensais que chaque jour n’arrivait qu’une seule fois dans la vie. Que chaque instant était unique. Chaque seconde précieuse.

Christopher Bouix m’a fait ressentir la passion de Noé pour les mots et la difficulté posée par le métier d’écrivain. A travers M. Hereira, on réalise que le plus dur n’est pas d’écrire mais de continuer à ressentir l’envie d’écrire, de garder sa flamme. C’est un bien joli récit initiatique que nous avons là.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces pages et à suivre le cheminement de Noé. J’espère donc relire à nouveau Christopher Bouix et en attendant, ce premier roman sera idéal à lire à la fin de l’été, lorsqu’il sera évident que les journées raccourcissent et que la nostalgie vous guettera. Et là, vous refermerez ce livre en ressentant la douceur de vivre.

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Le goût amer de l’abîme (Challenger deep) – Neal Shusterman

couverture

Synopsis (Sortie le 30 août 2018):

A priori, Caden Bosch est un adolescent de quinze ans ordinaire qui invente des jeux vidéos avec ses meilleurs amis et veut faire partie de l’équipe d’athlétisme. Mais dans son esprit, il est aussi le passager d’un vaisseau lugubre voguant sur les mers déchaînées. Marchant seul et pieds nus dans les rues, craignant que ses camarades de classe ne veuillent le tuer, Caden se perd petit à petit entre hallucinations et réalité. Le début d’un long voyage au plus profond des abysses, au coeur de la schizophrénie, où il risquerait bien de se noyer.

Mon avis:

Je remercie Nathan-Lire en Live pour leur confiance.

Il n’a suffi que du nom de Neal Shusterman pour me convaincre de lire ce roman tant j’avais adoré son roman Les fragmentés, dont je n’ai toujours pas continué la suite (honte à moi!) Et puis, il faut dire que le résumé met bien en appétit alors, qu’en est-il?

Je dois l’avouer, j’ai été complètement déboussolée par le contenu de ce roman: je savais que j’assistais à la schizophrénie émergente et grandissante du héros, Caden, mais j’ignorais que j’allais être prise dans les méandres de son esprit.

L’impression globale que je retiens de cette histoire, c’est de la confusion. J’ai l’impression qu’à l’instar de Caden, j’ai été prise dans des vagues immenses qui m’empêchaient de toucher la terre et que dès que j’en approchais, une baleine blanche en sortait pour m’entraîner toujours plus loin. C’est une véritable tempête que j’ai vécue dans le sens où d’un côté, j’ai été très très très tentée d’abandonner cette lecture. Je n’arrivais pas à entrer dans le récit. C’était trop surréel. J’avais du mal à apprécier le héros car même si l’action est racontée à travers son point de vue décousu, je n’arrivais pas pour autant à ressentir quelque empathie pour lui. J’étais en retrait.

Ce n’est pas parce que c’est un long voyage qu’on est condamné à le faire pour toujours.

Dans le même temps, il y a quelque chose qui m’a incitée à ne pas refermer définitivement Le goût amer de l’abîme. L’auteur a réussi à titiller ma curiosité et à me faire demander où menait son histoire. J’avais tant besoin de savoir ce qu’il advenait des délires de Caden que même si je lisais pratiquement en diagonale, je restais tout de même là. Et j’ai été récompensée par des passages qui débordaient de vérités et de sagesse. Des passages qu’on relit et qui nous touchent par leur sincérité et qui nous font réfléchir. Par exemple, à propos des tentatives de suicide:

N’empêche que si on a besoin d’approcher la mort de si près juste pour crier au secours, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas quelque part. Soit on n’a pas crié assez fort au départ, soit les gens autour de soi sont sourds, bêtes et aveugles. Ce qui me laisse penser que c’est n’est pas qu’un cri pour appeler au secours mais plutôt un cri à prendre au sérieux. Un cri pour dire : » Je souffre tellement que, pour une fois, le monde doit s’arrêter de tourner pour moi. »

Je n’ai jamais tourné de pages aussi vite. Je m’ennuyais, je n’accrochais pas mais en même temps, je ne pouvais pas arrêter de lire. De quoi croire que j’étais également atteinte de schizophrénie! Et justement, au final, c’est ce mérite que je dois reconnaître à Neal Shusterman. Sa plume m’a tenue captive et m’a fait vivre littéralement le tourbillon qui agite Caden du début à la fin. C’est très fort!

Alors, je suis incapable de dire si j’ai aimé ce roman ou si je l’ai détesté. Je ne peux que vous parler de pourquoi il me frappe et me laisse sans voix.

Du même auteur, retrouvez mon avis sur Les fragmentés.