Le pullover de Buchenwald – Bertrand Herz

couverture

Synopsis:

Je suis un miraculé, comme tous ceux qui sont revenus des camps de concentration nazis. J’aurais dû, comme la quasi-totalité des 76 000 juifs de France arrêtés, être déporté à Auschwitz, et gazé comme les enfants de mon âge. Mais je n’ai pas été interné à Auschwitz. A Buchenwald, j’aurais pu mourir d’épuisement dans la sinistre carrière où les déportés devaient extraire des pierres sous les coups des surveillants SS. Mais, à Buchenwald même, je n’ai presque jamais travaillé. J’aurais dû subir les interminables appels au garde à vous sur la place du grand camp. Mais j’y ai échappé. J’aurais pu être transféré dans un de ces kommandos où l’on creusait des tunnels souterrains pour camoufler l’industrie de guerre, dans la poussière et sous les coups. Mais, à Niederorschel, où j’ai été transféré avec mon père, les conditions de travail étaient supportables. J’ai le sentiment d’avoir eu la chance d’être un « enfant » au milieu d’adultes, protégé par eux. Protégé par mon père, un homme d’un courage et d’un optimisme admirables, qui n’a cessé de veiller sur moi jusqu’à la fin, malgré son épuisement physique.

Mon avis:

Je remercie les éditions Tallandier et Livraddict pour leur confiance.

Je découvre cette maisons d’éditions grâce à ce témoignage. Je n’avais donc pas particulièrement d’attentes. Le résumé seul avait suffit à me convaincre alors je me suis lancée en sachant seulement que je serais émue.

J’ai été dans un premier temps surprise par la forme de ce témoignage. En effet, c’est une somme de courts chapitres. La lecture s’en retrouve donc fluide et rapide car finalement, le manque de descriptions et de structure narrative donne un récit vif, presque comme un journal de bord.

Ensuite, en y réfléchissant, cela est naturellement logique. Cette addition correspond aux souvenirs de l’auteur; ils sont épars, imprécis. N’en reste pour lui que des sensations diffuses qui gagnent en intensité par flashes. Lorsqu’on se remémore une époque de sa vie, contrairement à ce que l’on peut voir dans les films, on visualise des clichés instantanés de souvenirs. On ne la revit pas linéairement. Ainsi, une fois qu’on appréhende le souci de Bertrand Herz de coller le plus possible à la réalité, sans les interprétations ou un regard adulte, de respecter son vécu d’adolescent, on n’est plus gêné par le rythme décousu de ses paragraphes.

C’est là que nous pénétrons enfin au coeur du récit.

Malgré tous les écrits qui traitent de ce thème, je ressors de la lecture de celui-ci avec le sentiment toujours plus fort que j’aurais toujours quelque chose à apprendre. L’auteur admet qu’il a eu une chance incroyable car un concours de circonstances lui a permis de s’en sortir. Cependant, il n’a pas été épargné. Même si son sort est enviable par rapport à d’autres, il a dû se battre contre la faim, la soif, le désespoir. Il a dû lutter quelquefois pour rester debout mais surtout pour préserver son espoir. Je suis admirative envers son père qui a réussi à sauvegarder son enfance, cette innocence précieuse qui l’a aidé à ne pas développer de traumatisme, plus tard, lorsqu’il a été libéré.

Dans un camp, on ne peut plus rien pour ceux qui sont morts; le devoir envers les autres, c’est de survivre, non seulement pour rester en vie mais aussi pour dénier aux nazis le droit de vous avilir et de vous tuer.

Je retiens plusieurs choses de ce témoignage qui résonne comme un cri, une rage de vivre et de colère contre l’intolérance.

Bertrand Herz me rappelle que les héros ne sont pas tous des combattants. Quelquefois, c’est celui qui a fait du troc pour t’offrir un pull-over parce que tu as froid. C’est celui qui ne se plaint jamais devant toi pour t’éviter d’avoir une image de souffrance comme dernière image. C’est aussi celui qui te déclare malade pour t’éviter de te faire tuer au travail. Ou celui qui te force à sourire quand tu n’as pas le moral pour te rappeler à quel point la vie est précieuse. Les héros ne sont pas identifiables. Ce sont des personnes comme tout le monde qu’on ne peut pas caser dans des étiquettes. Ce sont des personnes qui oeuvrent dans l’ombre sans reconnaissance et qui, pour beaucoup, n’en obtiendront jamais.

Il nous rappelle également l’importance du devoir de mémoire. On oublie trop que l’erreur tend à se perpétuer et qu’il est aisé de la refaire. C’est un véritable coup de poing qui s’opère car même si notre tête le savait, on réalise vraiment le sens de toutes ces commémorations. Ce n’est pas pour s’exorciser que les rescapés de la Shoah témoignent. C’en est une conséquence mais c’est avant tout pour que les générations futures sachent ce qu’elles doivent à tout prix éviter de refaire.

Le pull-over de Buchenwald est donc un texte à étudier et à faire lire aux plus jeunes. La relative courtesse de ce récit permet, selon moi, d’être lu au lycée afin d’opérer une sensibilisation et constitue un bon fondement pour aller encore plus loin.

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Lise et les hirondelles – Sophie Adriansen

couverture

Synopsis (Sortie le 1er février 2018):

A treize ans, Lise a une passion pour les hirondelles. Mais lorsqu’elle les voit revenir à Paris en cet été 1942, les oiseaux ne parviennent pas à lui faire oublier les conséquences de l’Occupation: le rationnement, les alertes, la fermeture de l’atelier de confection familial, l’attitude de ses amis depuis qu’elle porte une étoile jaune sur ses vêtements. Le 16 juillet, la vie de Lise bascule lorsqu’elle assiste, impuissante de la fenêtre de ses voisins, à l’arrestation de toute sa famille…

Mon avis:

Je remercie les Editions Nathan/Lire en Live pour leur confiance.

L’histoire nous est racontée par Lise alors que la persécution des Juifs s’installe insidieusement dans son quotidien. Aînée d’une fratrie de trois, elle veille sur ses deux petits frères jumeaux, Ariel et Zacharie et tente tant bien que mal de les préserver du mal environnant.

On est capable d’endurer plus que ce que l’on croit.

Lise est une rêveuse. Douée de ses mains pour coudre, à l’instar de ses parents, elle voue une passion pour les hirondelles et amène de la poésie dans ce qu’elle vit en comparant ses jours à ceux des oiseaux. Par ce biais, elle m’a fait me poser des questions auxquelles je cherche toujours une explication. Par exemple:

Les hirondelles migrent pour fuir le froid et la faim. En hiver, les insectes volants dont elles se nourrissent disparaissent chez nous, ils ne résistent pas à la baisse des températures tandis qu’en Afrique on en trouve à foison. Elles pourraient y rester, s’y installer définitivement. Après tout, il y fait chaud toute l’année et toute l’année, a nourriture abonde. Alors pourquoi regagner le dortoir?, pourquoi rentrer à la maison?

Cependant, je dois avouer que j’ai ressenti un peu de mal à m’imprégner de l’histoire à cause du personnage de Lise. En effet, je l’ai trouvée plutôt en retrait de ce qu’elle subissait ou alors, ses actes ne me paraissaient pas réalistes. L’intention était de rendre Lise, je pense, forte, intelligente, vive d’esprit et pro-active mais je n’ai pas ressenti le résultat. J’avais l’impression que l’action était plus racontée que vécue. Or, dans ce genre d’histoire, même si je ne recherche pas forcément à ressentir une empathie extraordinaire pour les héros, je recherche néanmoins une espèce de compréhension intrinsèque des évènements. Je veux avoir l’impression d’être dans la peau des personnages. Ce qui n’était pas le cas pour une grande partie du roman, malheureusement.

Néanmoins, certaines scènes m’ont marquées, comme des flashes.

A l’écran, les problèmes trouvent toujours une solution, les mauvaises personnes sont punies, les coeurs purs sont sauvés et rien n’est jamais grave. L’existence y est facile et surtout, elle y est juste.

Il suffit de peu, d’une image, d’une phrase pour que cela résonne en moi.

On comprend que la jeunesse de Lise est volée sous nos yeux. Peut-être que si elle n’avait pas vécu ce qu’elle vit, que je ne l’aurais certainement jamais prise en sympathie. Mais les regrets qu’elle exprime sont universels. Osez dire, vous, que vous n’avez jamais souhaité voir dans le futur pour savoir ce que la vie vous réservait.

C’est étrange comme on peut s’habituer à certains changements. Un jour, la guerre s’est installée et c’était comme si elle avait toujours été là. Et puis, la guerre cesse, la fureur se tait et du jour au lendemain, je réalise que la guerre ne sera bientôt plus qu’un souvenir.

Sophie Adriansen parvient à nous raconter avec pudeur la désillusion d’une enfant qui grandit trop vite. Elle aborde des thèmes adultes à travers les yeux d’une enfant devenue femme trop vite. Elle ne nous cache rien de la réalité mais elle rappelle que rien n’est noir ou blanc. Que les faits héritent de la complexité de ceux qui les font.

C’est donc sur le dernier quart du roman que j’ai été véritablement prise au jeu. La plume de l’auteure m’a émue par la sincérité de son ton et de ses vérités. Lise et les hirondelles constituerait presque une fable, une ode à l’innocence et à la nécessité de la préserver.

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