Kinderzimmer – Valentine Goby

couverture

Synopsis:

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plusieurs dizaines de milliers de détenues. Mila a vingt-deux ans quand elle arrive à l’entrée du camp. Autour d’elle, quatre cents visages apeurés. Dans les baraquements, chacune de ces femmes va devoir trouver l’énergie de survivre, au très profond d’elle-même, puiser chaque jour la force d’imaginer demain.
Et Mila est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, ni de quelle façon.

Mon avis:

Suite aux conseils de ma copine Avalon, j’ai ouvert ce livre sans trop savoir de quoi il parlait. Rien que le fait qu’il se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale me suffisait.

J’ai été très embêtée dans un premier temps.

En effet, le style d’écriture est incisif, la ponctuation quasi inexistante. J’ai même eu l’impression au début de lire une traduction vite faite. Un premier jet, en somme. Je n’arrivais pas à accrocher. Je me demandais si c’était bien l’histoire et pas un encart publicitaire glissé par erreur. J’ai vraiment cru que j’allais abandonner et cela me navrait. J’étais déçue car j’étais certaine que j’allais être captivée.

Et puis… Je me suis accrochée malgré tout.

Lentement, progressivement, je me suis prise au jeu. Les mots m’ont tenue en haleine. Mon intérêt pour le sort de Mila a été piqué au vif. Sans savoir où j’allais, j’ai réalisé à un moment que ça y est, la magie a opéré. Ouf! Quel soulagement!

Nous ne connaissons pas beaucoup de détails de la vie de Mila, notre héroïne enceinte dans un camp de travail. La vie qu’elle a est déjà difficile alors je ne conçois même pas de pouvoir enfanter dans ces conditions et pourtant, lorsqu’on lit le combat de Mila, c’est ému qu’on réalise que c’est plus qu’un combat pour donner la vie ou la maintenir. C’est également le combat de l’espoir lui-même.

Vivre, c’est ne pas devancer la mort à Ravensbruck comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour et la nuit.

J’ai ressenti peu d’empathie pour Mila mais paradoxalement, lorsque je prends le temps d’y réfléchir, je comprends pourquoi. Je comprends pourquoi son instinct de survie lui a dicté d’ignorer sa grossesse. Je comprends pourquoi elle ne s’est autorisée à aimer son enfant que plus tard. Je la comprends. Et, alors que la raison nous fait dire qu’il ne faut pas tomber enceinte dans ces conditions, j’admire Mila et ces femmes qui ont perpétué la vie alors que tout concourait à les faire désespérer. Je les admire.

Kinderzimmer traite donc d’un thème difficile avec une pudeur qui nous émeut forcément. Je ne pense pas que je le relirai mais j’en garderai une réflexion et une nouvelle vision des choses.

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Au nom de ma mère – Hanni Munzer

couverture

Synopsis (Traduction par moi):

2012. Le destin semble tout tracé pour Felicity : elle vient de terminer ses études de médecine, et s’apprête à quitter Seattle pour rejoindre une mission humanitaire en Afghanistan. Jusqu’à ce qu’elle reçoive un appel de son père : sa mère Martha a disparu. Forcée d’abandonner ses projets, Felicity part à sa recherche. Et ses traces la conduisent à Rome. Si elle finit par retrouver sa mère dans un hôtel de la capitale italienne, elle apprend également le décès récent de sa grand-mère Deborah. Dans les mains de Martha, tremblante, une lettre laissée par la défunte. Ce qu’elle contient est sur le point de bouleverser la vie de Felicity. Commence alors pour elle un voyage dans les pas de ses ancêtres, à la poursuite de la mémoire de sa mère et de sa grand-mère. Car un secret les unit toutes trois. Celui-ci démontre que l’amour n’a pas de limites… Ni la guerre ni le nazisme ne sauraient les briser.

Mon avis:

Je remercie les éditions « Archipel » pour sa confiance.

Il ne m’a fallu qu’un chapitre pour entrer dans l’intrigue. Tout commence lorsque Felicity est sur le point de prendre l’avion, direction Kaboul, pour servir dans une mission humanitaire. Alors qu’elle a tout pour être heureuse, Felicity sent confusément que quelque chose lui manque. Elle ressent une sorte de vide qui fait qu’elle n’arrive pas à se rapprocher des gens.

C’est là que sa mère, Martha disparaît.

Heureusement, Martha est rapidement retrouvée mais c’est le point de départ pour Felicity d’une plongée dans l’histoire de sa famille. En effet, Martha est en possession des effets de sa propre mère et celle-ci dévoile dans des anciens écrits leur héritage culturel.

Rapidement, nous oublions que nous sommes dans la peau d’un personnage de l’histoire. Nous pénétrons dans une nouvelle strate du récit, un peu comme une inception.

Alors que nous savons que nous baignons dans le nazisme, thème qui induit d’emblée un ton dramatique, Hanni Munzer a choisi de construire ses phrases avec une sorte de légèreté si bien que quelquefois, on peut parler d’humour. On sourit régulièrement devant le côté cocasse de certaines situations ou même devant la façon dont les choses sont dites.

Quel cours aurait pris le destin de l’Europe si Hitler avait été admis à l’Académie des beaux arts de Vienne? Une Seconde guerre mondiale aurait-elle éclaté? Aurait-on lancé la première bombe atomique?

Ensuite, alors que l’histoire suit son cheminement, le ton est de moins en moins léger. Sans devenir lourd, le drame entre en scène. On sent l’innocence se déliter sous nos yeux. C’est le temps de la guerre. De la maturité. Avec cela, les héros suivent et se remplacent. C’est une véritable épopée familiale qui se tient devant nous. On admire le courage de ces femmes, qui, à leur manière se battent et défendent ce qui leur est cher. On ressent une nervosité pour elles car on voudrait les voir se dépêtrer du pétrin dans lequel l’Histoire les enlise. Notre empathie est fortement mise à contribution d’autant plus que l’auteure joue sur tous les registres. On passe de l’espoir à la colère, puis à la peur et à la tristesse… On ne reste pas insensible une seule minute.

Nous autres êtres humains formons les maillons d’une longue chaine qui nous relie les uns aux autres, car chacun de nous porte en soi un fragment de l’existence et des pensées de ceux qui l’ont précédé. Si l’amour est le coeur, le souvenir est l’âme et tous deux sont immortels. Mais il peut arriver que, dans des circonstances particulièrement graves, l’un des maillons de cette chaîne soit arraché, plongeant le coeur et l’âme dans la nuit.

Le style d’écriture de l’auteure m’a plue car il m’embarque immédiatement avec lui. J’ai été en totale immersion. Je vivais l’action.

Au nom de ma mère ne se contente pas de raconter une histoire. Bien sûr qu’elle nous fait réfléchir et réagir. Bien sûr qu’elle nous marque. Mais surtout, elle nous montre à quel point nos racines nous définissent même si nous n’en avons pas forcément conscience. Elle illustre parfaitement le fait que les secrets de famille peuvent empoisonner notre vie au présent.

En conclusion, j’ai été plus que conquise par cette fresque familiale et féminine. J’en suis ressortie avec un sentiment de maturité, de paix. C’est un très beau roman que je reliai avec plaisir.