Le journal rouge – Lily R. Davis

Couverture

Synopsis:

,«Avec quelle force me battrais-je encore pour quelques mots ? Des mots… Des mots que nous jetions sur le papier; une drôle de façon de lever le poing; de hurler. Des mots pour se révolter. Des mots pour tout changer!» Nous sommes en 1965, à Washington. Tout le monde reprend en chœur les refrains des Beatles et les slogans lors des marches citoyennes. La jeunesse se soulève contre la ségrégation, contre la Guerre.
La jeunesse veut aimer sans contrainte. C’est la génération hippie. Rose a passé des années dans un pensionnat pour jeunes filles et si elle regarde de loin cette nouvelle liberté, elle ne sent pas le droit d’y plonger. Orpheline, recueillie par un oncle Colonel dans les Marines et basé à Saigon, Rose se sent prise aux pièges. Elle invente alors Max. Un pseudonyme derrière lequel elle se cache pour écrire des chroniques dans un journal universitaire. Alec est un activiste. Il se bat pour un monde en paix, pour toutes les vérités. Il se bat surtout pour mettre fin à cette guerre, au Vietnam, qui emporte trop de jeunes soldats. Avec ses amis, ils travaillent pour un petit journal clandestin. Le Aldous.
De communautés hippies en sit-in, il a toujours un stylo à la main et la rage au cœur. C’est la passion de l’écriture qui les réunira. C’est pour l’autre qu’ils se dépasseront. Ensemble, avec le Aldous et cette jeunesse éprise de liberté, d’égalité et de paix, ils brandiront la plus grandes de leurs armes: les mots.

Mon avis:

Je remercie les éditions MxM Bookmark pour leur confiance.

J’ai craqué sur la couverture que je trouve superbe alors c’était l’occasion de découvrir les écrits publiés par cette maison. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Rose. Fille réservée, elle a passé dix ans dans un pensionnat pour jeunes filles et au lycée, elle vivait avec son oncle, sa femme et sa fille, Line. En effet, nous apprenons rapidement que son père est mort et que sa mère l’a abandonnée quand elle était enfant, à la suite de ce décès.

L’intrigue se passe sur un laps de temps très étendu. Quand Rose rencontre Alec, elle n’a que seize ans. Elle trimballe avec elle partout un carnet rouge dans lequel elle couche ses pensées. Line a quitté le domicile familial et vit de façon bohème.

J’aimais écrire. J’aimais lire aussi. Mais écrire, c’était quelque chose d’incroyable. Un millier de portes que nous pouvions franchir… Les mots étaient capables d’enseigner, d’avouer, de porter des foules, d’en anéantir d’autres! De faire rêver, de faire peur ou de faire croire! Les mots avaient du pouvoir et si on les couchait sur du papier, ils prenaient soudain du sens et de l’intérêt. Ils créaient des mondes, ils offraient des vérités.

Nous sommes en 1964. Un vent de liberté souffle parmi la jeunesse américaine.

A travers les mots de Rose puis d’Alec, nous sommes plongés au coeur de la révolte qui gronde. Avec eux, nous sommes épris de liberté et de justice. Avec eux, nous sommes en colère contre la guerre qui divise le peuple.

Avec le Journal rouge, nous vivons une véritable épopée. Il y a bien une romance mais pour moi, elle n’est pas du tout le point le plus important du récit. Au contraire, elle le sert. La plume de Lily R. Davis fait plus que nous faire vivre une époque riche en mouvements. Elle nous immerge complètement dans l’esprit de ceux qui l’ont vécu. Grâce à elle, on commence à peine à appréhender ce qui se se passait dans leur esprit.

Je me questionne su ce qu’on est capable de faire quand nos souvenirs se confondent avec la réalité. Quand on voudrait que tout ça n’ait jamais existé. Et surtout, que ça s’arrête.

Elle introduit plusieurs pistes de réflexion. Ce roman n’est pas seulement un récit initiatique, c’est aussi un plaidoyer pour la tolérance, pour l’empathie, pour les droits les plus élémentaires des Hommes.
Elle met en scène plusieurs situations dont les thèmes restent d’actualité et font vibrer une corde sensible. Comment ne pas être outrée avec Rose lorsqu’une femme noire se fait refouler de plage avec sa fille juste parce qu’elle est noire? Comment ne pas se sentir féministe quand on nous rappelle qu’il fut une époque où les femmes devaient recourir à des faiseuses d’anges?

De tout temps, les journalistes avaient été opprimés. De tout temps, ceux qui dénonçaient les mensonges, qui courraient derrière les vérités, qui refusaient de se taire et qui, surtout, rejetaient le gouvernement en place avaient été menacés.

Lily R. Davis nous explique ce qu’était la philosophie hippie à l’époque tout en nous en imprégnant. Par le biais de Rose, nous entendons presque les Beatles en musique de fond et nous nous attachons aux personnages secondaires qui servent l’action. J’ai apprécié Rive, ce sourd qui profite de son handicap pour n’en faire qu’à sa tête et vivre ses aspirations à fond. J’ai apprécié Louise et Penny qui sont de véritables amies pour Rose et qui l’intègrent à leur communauté malgré le fait qu’elle ne partage pas leur façon de voir la vie. Surtout, j’ai apprécié Alec car il est autant passionné que Rose quant à ce qui concerne l’actualité du pays. Ce sont le genre d’objecteurs de conscience qui croient en ce qu’ils prêchent et qui convainquent.

Un journaliste ne fait pas de compromis. C’est un historien du quotidien. Il relate des faits qui sont insupportables à entendre, qu’ils soient condamnables de les écrire ou qu’ils éraflent notre sacro-sainte Amérique.

La plume de l’auteure m’a également charmée car elle parvient à dégager une atmosphère spéciale. On ressent littéralement le vent qui souffle sur les consciences. On vit de façon presque viscérale ce qui motive la communauté hippie. Elle parvient totalement à nous faire la comprendre. Pour moi qui ne suis pas familière avec cette époque ni avec les hippies, c’est une réussite. Au lieu de les côtoyer, je les ai compris. Ce n’était plus un concept vague mais une façon de vivre, une philosophie.

Si tu penses que c’est possible, alors ça le sera. Parce que la vie est comme ta valise, Alec. Chaque jour, tu peux la refaire, la défaire, y mettre un peu de différence, recommencer encore une fois. Tu n’as aucune barrière, aucune limite, tu n’as que celles que tu t’imposes.

Je n’ai pas forcément adhéré au personnage de Rose car je l’ai trouvée très réservée. Elle m’agaçait par moments car elle me faisait l’effet de vouloir se ratatiner sur elle-même au lieu de se tenir le dos droit. Elle ne s’écoute pas. Elle sait écrire et faire entendre sa voix dans le journal mais dans la réalité, elle est tout le contraire du pseudonyme qu’elle s’est inventé. J’aurais voulu qu’elle prenne plus d’assurance en elle pour agir selon ses convictions.

Malgré cela, j’ai adoré suivre ses aventures. C’est elle qui grandit tout le long du récit et qui se découvre.

Quant à la romance, elle fait mouche parce qu’elle m’émeut. Elle nous fait croire qu’une sorte de magie lie les âmes soeurs que sont Rose et Alec et j’ai aimé trembler avec et pour eux. Je n’ai pas du tout vu venir la deuxième partie de leur histoire. J’ai été surprise et en même temps, c’est agréable de lire deux personnes se battre pour se retrouver. Rien ni personne n’est acquis. L’auteure nous le rappelle en traitant en plus des traumatismes de la guerre. Il est facile de sombrer et d’oublier le bien qui nous entoure. Il est donc très difficile de remonter la pente, du moins, sans aide extérieure ou catalyseur. C’est pour ça que toute aide est la bienvenue.

J’ai du mal à savoir ce qui est vrai de ce qui est faux. Parfois, je suis certain d’être encore là-bas, parfois, que je n’y suis jamais allé. Je suis assis dans cette voiture depuis des heures et j’entends pourtant les tirs au loin. Ils ne me quittent plus jamais. Alors, peut-être que je suis là-bas, après tout.

J’ai en conclusion énormément aimé le Journal rouge car il m’a fait ressentir des émotions intenses et immergée dans un contexte historique vers lequel je ne me serais pas instinctivement tournée – quiconque me suit sait que je préfère les histoires se passant dans le contexte du nazisme – mais dont je ressors en ressentant ce vent de folie qui agite les héros.

C’est une bonne découverte de la maison d’éditions et il me tarde donc d’en lire plus.

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Le pullover de Buchenwald – Bertrand Herz

couverture

Synopsis:

Je suis un miraculé, comme tous ceux qui sont revenus des camps de concentration nazis. J’aurais dû, comme la quasi-totalité des 76 000 juifs de France arrêtés, être déporté à Auschwitz, et gazé comme les enfants de mon âge. Mais je n’ai pas été interné à Auschwitz. A Buchenwald, j’aurais pu mourir d’épuisement dans la sinistre carrière où les déportés devaient extraire des pierres sous les coups des surveillants SS. Mais, à Buchenwald même, je n’ai presque jamais travaillé. J’aurais dû subir les interminables appels au garde à vous sur la place du grand camp. Mais j’y ai échappé. J’aurais pu être transféré dans un de ces kommandos où l’on creusait des tunnels souterrains pour camoufler l’industrie de guerre, dans la poussière et sous les coups. Mais, à Niederorschel, où j’ai été transféré avec mon père, les conditions de travail étaient supportables. J’ai le sentiment d’avoir eu la chance d’être un « enfant » au milieu d’adultes, protégé par eux. Protégé par mon père, un homme d’un courage et d’un optimisme admirables, qui n’a cessé de veiller sur moi jusqu’à la fin, malgré son épuisement physique.

Mon avis:

Je remercie les éditions Tallandier et Livraddict pour leur confiance.

Je découvre cette maisons d’éditions grâce à ce témoignage. Je n’avais donc pas particulièrement d’attentes. Le résumé seul avait suffit à me convaincre alors je me suis lancée en sachant seulement que je serais émue.

J’ai été dans un premier temps surprise par la forme de ce témoignage. En effet, c’est une somme de courts chapitres. La lecture s’en retrouve donc fluide et rapide car finalement, le manque de descriptions et de structure narrative donne un récit vif, presque comme un journal de bord.

Ensuite, en y réfléchissant, cela est naturellement logique. Cette addition correspond aux souvenirs de l’auteur; ils sont épars, imprécis. N’en reste pour lui que des sensations diffuses qui gagnent en intensité par flashes. Lorsqu’on se remémore une époque de sa vie, contrairement à ce que l’on peut voir dans les films, on visualise des clichés instantanés de souvenirs. On ne la revit pas linéairement. Ainsi, une fois qu’on appréhende le souci de Bertrand Herz de coller le plus possible à la réalité, sans les interprétations ou un regard adulte, de respecter son vécu d’adolescent, on n’est plus gêné par le rythme décousu de ses paragraphes.

C’est là que nous pénétrons enfin au coeur du récit.

Malgré tous les écrits qui traitent de ce thème, je ressors de la lecture de celui-ci avec le sentiment toujours plus fort que j’aurais toujours quelque chose à apprendre. L’auteur admet qu’il a eu une chance incroyable car un concours de circonstances lui a permis de s’en sortir. Cependant, il n’a pas été épargné. Même si son sort est enviable par rapport à d’autres, il a dû se battre contre la faim, la soif, le désespoir. Il a dû lutter quelquefois pour rester debout mais surtout pour préserver son espoir. Je suis admirative envers son père qui a réussi à sauvegarder son enfance, cette innocence précieuse qui l’a aidé à ne pas développer de traumatisme, plus tard, lorsqu’il a été libéré.

Dans un camp, on ne peut plus rien pour ceux qui sont morts; le devoir envers les autres, c’est de survivre, non seulement pour rester en vie mais aussi pour dénier aux nazis le droit de vous avilir et de vous tuer.

Je retiens plusieurs choses de ce témoignage qui résonne comme un cri, une rage de vivre et de colère contre l’intolérance.

Bertrand Herz me rappelle que les héros ne sont pas tous des combattants. Quelquefois, c’est celui qui a fait du troc pour t’offrir un pull-over parce que tu as froid. C’est celui qui ne se plaint jamais devant toi pour t’éviter d’avoir une image de souffrance comme dernière image. C’est aussi celui qui te déclare malade pour t’éviter de te faire tuer au travail. Ou celui qui te force à sourire quand tu n’as pas le moral pour te rappeler à quel point la vie est précieuse. Les héros ne sont pas identifiables. Ce sont des personnes comme tout le monde qu’on ne peut pas caser dans des étiquettes. Ce sont des personnes qui oeuvrent dans l’ombre sans reconnaissance et qui, pour beaucoup, n’en obtiendront jamais.

Il nous rappelle également l’importance du devoir de mémoire. On oublie trop que l’erreur tend à se perpétuer et qu’il est aisé de la refaire. C’est un véritable coup de poing qui s’opère car même si notre tête le savait, on réalise vraiment le sens de toutes ces commémorations. Ce n’est pas pour s’exorciser que les rescapés de la Shoah témoignent. C’en est une conséquence mais c’est avant tout pour que les générations futures sachent ce qu’elles doivent à tout prix éviter de refaire.

Le pull-over de Buchenwald est donc un texte à étudier et à faire lire aux plus jeunes. La relative courtesse de ce récit permet, selon moi, d’être lu au lycée afin d’opérer une sensibilisation et constitue un bon fondement pour aller encore plus loin.