[BD] 14-18, tome 1: Le petit soldat (Août 1914)

couverture

Synopsis :

1er août 1914. Louis, Jacques, Maurice, Armand, Denis, Arsène, Pierre et Jules sont mobilisés. Huit amis, âgés d’une trentaine d’années, issus de la même petite ville et affectés dans le même régiment d’infanterie. Ensemble, ils découvrent les premiers combats, les premiers doutes et les premiers ordres.

Mon avis:

N’étant pas particulièrement attirée par ce qui a trait à la Première Guerre Mondiale, je n’ai donné sa chance à cette BD que pour un nom, celui de Corbeyran, que j’ai découvert avec le Chant des Stryges et je m’en félicite!

Ce premier tome nous introduit huit personnages, huit hommes que l’on va suivre durant ce qui devait être une guerre-éclair. Lorsque l’action commence, nous sommes dans leur village natal, avant leur départ. Ces hommes sont en train de s’amuser à une fête foraine avec leurs compagnes et à travers ces quelques pages, pleines de bonne humeur, nous assistons à des morceaux de vie « normaux », dirons-nous. Ils ne sont pas exempts de drames mais lorsqu’on sait ce qu’ils vont vivre, on lit ces pages avec un sentiment de nostalgie. On est triste pour eux.

Ils ont grandi ensemble. Ils ont usé leurs pantalons sur les mêmes bancs de l’école, ont aimé les mêmes femmes. Certains ont été les témoins de mariage des autres mais tous vont vivre la guerre de la même manière.

Lorsqu’ils partent, on retrouve bien ce sentiment communément connu comme quoi, ça ne sera pas pour longtemps. Lorsqu’on lit ce jeune homme qui répond à sa mère, concernant l’université, qu’elle n’a pas de souci à se faire, qu’il sera revenu bien avant la rentrée, on a le coeur qui se serre pour lui.

Mais 14-18, c’est plus qu’une guerre. C’est aussi des hommes qui ont dû faire avec ordres stupides donnés par la hiérarchie et qui n’avaient pas le choix. Je n’avais jamais réfléchi à cet aspect mais Le petit soldat m’a fait réaliser que certaines choses auraient pu être faites autrement.

Ainsi, j’ai été conquise par ce premier volume. J’ai bien accroché aux personnages et à la manière dont l’histoire est présentée. J’ai donc très hâte de lire la suite.

Du même auteur, retrouvez mon avis sur Le chant des stryges.

Concentration Camps of Canada – Baron Alexander Deschauer

Synopsis (Traduction par moi. Sortie 13 juin 2017):

Imaginez un monde où tout le monde vit en harmonie. A un monde où des kilomètres carrés de terrains sont donnés aux colons en échange de leur installation ici. Un monde de liberté, de lois et d’opportunités. Un monde où tout le monde vit en harmonie. Ce monde, c’est le Canada. Sans que le monde ne le sache, ce gouvernement a instauré un génocide contre ses peuples indigènes – en ne leur accordant jamais la propriété de terrains qu’il donnait si finalement aux colons Européens. Une guerre qui s’est tenue dans les pensionnats alors qu’ils dépouillaient les indigènes de leur langue natale, de leur culture et de leur fierté. Une méthode qui a eu tant de succès qu’Hitler s’en est servi comme modèle pour ses propres camps de concentrations en Allemagne nazie. Voici l’histoire d’un jeune homme qui a grandi dans ce monde, déterminé à devenir un homme dans un système qui ne le voyait que comme un Indien. C’est l’histoire de Migizi. Basée sur la vérité

Mon avis:

Je remercie « FriesenPress » pour sa confiance.

Avant ce roman, j’ignorais que le Canada avait mené une politique d’intégration des Indiens. J’ignorais qu’il en était même devenu le modèle d’Hitler dans sa politique d’extermination des Juifs. C’est donc naturellement que j’ai voulu le lire.

L’histoire nous emmène dans la tête de Migizi alors qu’il découvre l’école pour la première fois. Dans ce contexte, l’école n’est pas celle que l’on connaît. Dès que les enfants y arrivent, les frères et les soeurs évangélistes les renomment, avec un prénom biblique et tout est fait pour qu’ils oublient tout de leurs racines. Ils ne peuvent plus parler leur dialecte ou mentionner les coutumes de leur tribu sous peine de recevoir des coups de ceinture ou pire.

De plus, les conditions sanitaires y sont telles que les enfants y meurent fréquemment.

La préface de l’histoire nous indique que le nombre d’enfants morts dans ces écoles s’élève à plus de 80 000 et qu’il est encore susceptible de monter, des recherches étant encore en cours.

Ces écoles où les enfants se voient assignés une nouvelle identité et travaillent jusqu’à l’épuisement ne sont pas sans rappeler les camps de la mort et pour cause, le principe est le même.

The government policy was to crush the soul from them and then kill their bodies when they could no longer provide any use to the Reich. It was institutional genocide.

Mais l’histoire ne veut pas s’attacher seulement à ces écoles.

En fait, la vie de Migizi, renommé Daniel par l’administration, sert de fil conducteur pour nous faire comprendre la vie des indigènes à l’époque et encore maintenant. C’est ainsi que tour tout à tour, on assiste à différents moments de sa vie. A seize ans quand il tombe amoureux pour la première fois. Quand il est père de trois enfants, marié à une femme qu’il n’aime pas. Quand il s’engage dans l’armée où pour la première fois de sa vie, il n’est plus considéré par les autres comme un Indien mais comme un homme.

I can’t sleep. I’m getting antsy thinking about returning. I want to stay in the army but they don’t need me anymore. They’re demobilizing.
– That’s a good thing, isn’t it? I said.
– What, not needing me?
– Demobilizing. War’s over.
– There’s alway another war. I just wish it came sooner than later. Then, I won’t have to tell lies to those dumb-asses in my hometown.

Chacune de ces scènes ne manque pas de nous faire réagir car on ressenti de l’empathie pour notre héros. On est révolté pour lui. En colère contre ce monde qui ne le reconnaît pas à sa juste valeur sauf quand ça l’arrange. On veut se battre pour lui. On veut lui rendre son bonheur. Car ce livre est la somme de toutes les injustices commises contre les Premières Nations. Des injustices qui ne seront jamais réparées malgré les belles excuses présentées par le gouvernement Canadien, mais également Australien et Américain.

Bravery is being afraid and still facing it.

La fin de ce roman est particulièrement triste. Elle est sombre, ne comporte aucune lumière, à l’instar de la situation actuelle de ces peuples.

Why can’t we have boring lives like Canadians? They worry about which university their child goes to or whether they will be a doctor or a lawyer. We worry about whether our children will survive school and if they do, whether they will kill themselves from the injustices we endure.

Avec ce roman, l’auteur a donc réussi à me faire adhérer à la cause des Premières Nations. J’ai ressenti pour eux une immense injustice. N’attendez pas de Concentration Camps of Canada d’être un pamphlet contre les écoles ou camps mis en place à l’époque. C’est en réalité bien plus que cela. C’est l’histoire d’un peuple qui s’est fait écraser sur bien des aspects et qui vient seulement de voir ses droits reconnus. Cependant, le chemin à parcourir est encore bien long.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à consulter ces quelques articles récents sur l’évolution de leur situation: ici ou encore là.