Zykë, l’aventure – Thierry Poncet

Zyke

Synopsis:

Au fond d’un PMU de la rue du Faubourg-Saint-Martin, je tends le texte d’une de mes nouvelles à l’aventurier de la mine d’or.
Il lit les premières lignes et déclare: «C’est toi» comme il cracherait deux écorces de graines de tournesol.
Il aurait pu dire: «Je viens de décider de t’emmener avec moi, aussi ton destin va-t-il basculer dans les minutes qui suivent, tu vas connaître le monde entier, les grandes ivresses, le sexe, l’amour et le danger et tu vas devenir écrivain d’une manière que tu n’aurais jamais imaginé.» Mais non. Juste: «C’est toi.»
L’incroyable odyssée autour du monde, au sommet du succès littéraire et au cœur de l’amitié de deux hommes que tout oppose.
Un récit trépidant et truculent, dur et drôle, invraisemblable et vrai: inlâchable.

Mon avis:

Je remercie les éditions Taurnada pour leur confiance.

Il a suffi le nom de Cizia Zykë dans le titre pour me faire bondir. Je n’ai même pas lu le résumé. Rien que le fait que ce soit une biographie m’a interpelée. J’étais obligée de lire ce nouveau Thierry Poncet. Je voulais trop savoir ce qu’il se passait dans le quotidien « normal » de quelqu’un comme Cizia Zykë ou même dans sa tête lorsqu’il n’est pas en train de vivre une folle aventure.

Plongée donc dans les premières années qui suivent la rencontre de Thierry Poncet et de Cizia Zykë. Le premier n’a qu’une vingtaine d’années et vient de se faire embaucher comme secrétaire du second. Vous pensez avoir affaire à un récit mesuré? Un homme derrière le personnage moins « foufou »? Que nenni! En réalité, l’homme qui écrit est complètement conforme à l’idée qu’on peut s’en faire en lisant ses oeuvres. Si l’espace d’un instant, vous avez imaginé qu’il exagérait ses propos, vous réalisez qu’en fait, il s’est plutôt censuré. L’homme n’en a rien à faire des belles phrases ou des effets de style, ce qui compte pour lui, c’était d’aller droit à l’essentiel. C’est un homme d’action et cela se ressent non seulement dans ses actes mais également dans sa façon de travailler. Le quotidien à ses côtés devient une véritable aventure. Il ne se passe pas un jour sans que quelque chose vous fasse sortir les yeux des orbites et ne vous fasse vous exclamer « purée, c’est pas possible! »

A l’image de l’homme qui inspire cette biographie, le récit est incisif, péchu. C’est jubilatoire.

En être qui se fout totalement du matériel, il ne conserve qu’un très vague souvenir des noms, des traits des visages ou des façons de se comporter. En géographie, détails de terrain et paysages, il est encore plus nul. Là où l’explorateur moyen détaillerait avec précision l’emplacement de telle ou telle dune ou de tel canyon de carte postale et tartinerait sur leur poétique beauté, Zykë ne se remémore qu’un vague tas de sable ou de roches sous le soleil.

On réalise que l’homme est comme ses héros, un aventurier des temps modernes qui sait s’adapter à notre « routine » tout en gardant son monde à portée de main. Il a son propre code et rien ne saurait ne l’en détourner. J’ai beaucoup souri devant certaines anecdotes car elles montrent qu’il vivait en dehors de son temps. C’était presque un avant-gardiste.

Nous voyageons à travers tous les continents grâce à la vie réelle de Zykë et de ses acolytes mais le plus beau voyage nous est offert grâce à la plume de Thierry Poncet. Plus qu’un hommage à son ami, ce récit constitue une célébration de la vie et de ses plaisirs, de l’insouciance. On sourit car on a l’impression de lire un de ces romans d’Alexandre Dumas. C’est une vraie épopée.

Enfin, j’ai adoré voir le parallèle opéré entre la genèse des oeuvres de Zykë et sa vie. C’est là qu’on réalise qu’il y a toujours une anguille sous roche. Une aventure dans l’aventure.

En conclusion, cette biographie a été un vrai régal à lire. J’y ai trouvé tout ce que j’ignorais chercher et maintenant, je n’ai qu’une envie, lire les romans de notre aventurier des temps modernes.

Du même auteur, vous pouvez découvrir les aventures de Haïg:
dans le tome 1.
le tome 2.
le tome 3.

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Milk and honey (Lait et miel) – Rupi Kaur

couverture

Synopsis:

Construit autour de courts poèmes en prose, « Lait et Miel » parle de survie.
De l’expérience de la violence, des abus sexuels, de l’amour, de la perte et de la féminité.
Le recueil comprend quatre chapitres, et chacun obéit à une motivation différente, traite une souffrance différente, guérit une peine différente.

Mon avis:

Cela fait un moment que je vois ce livre circuler sans m’y intéresser plus que cela. Mais il a fallu que ma copine Avalon en dise le plus grand bien pour que, sans me poser de question, je me décide à le lire et je ne le regrette absolument pas!

Dès les premiers poèmes, je suis entrée dedans. J’ai été immergée en l’espace de quelques mots, me surprenant à être autant touchée et à ressentir les choses avec une intensité incroyable. Si je devais analyser pourquoi, je pense que c’est parce que les mots de Rupi Kaur parlent directement à notre âme. Elle n’utilise pas de phrases follement alambiquées. Au contraire, leur simplicité pourrait même être perçue comme un handicap. Or, c’est justement ce qui confère à leur contenu, à leur fond, ce truc qui nous percute de plein fouet, qui nous renverse et qui ne nous laisse pas indemne. On se reconnaît dans les vérités qu’elle énonce et qui sonnent à nos oreilles comme un rappel.

if you are not enough for yourself
you will never be enough
for soemeone else

La construction des poèmes est complètement décousue. Oubliez toutes les règles de grammaire ou de syllabe que vous connaissiez avant. Les majuscules, la ponctuation… Rupi Kaur pourra vous paraître capricieuse car elle fait tout sauter. Elle nous montre que la forme, on s’en fout. Ce qui compte, c’est le fond avant tout. Tant pis si cela fait péter les conventions.

neither of us is happy
but neither of us wants to leave
so we keep breaking one another
and calling it love

A travers plusieurs thèmes, la poète nous rappelle plusieurs leçons de vie essentielles dont on ressort assagie. En l’espace de ces pages, on grandit. Certains extraits nous font revivre des moments douloureux de notre existence pour mieux magnifier les bonnes choses qui ont suivi. On revit littéralement notre existence.

you might not have been my first love
but you were the love that made
all the other loves
irrelevant

Quelque part, Milk and honey est un hymne à la vie et à l’amour. C’est une célébration de toutes les expériences qui font de nous ce que nous sommes. C’est l’apologie de notre essence, de notre individualisme. Vous savez comme quelquefois, vous avez cette impression d’être une fourmi sur Terre? De n’être rien face au grand schéma universel? Eh bien, ici, c’est l’opposé qui se produit. Sans parler de se sentir important, je dirais plutôt qu’on ressort de cette lecture avec le sentiment de compter. Vous vous rappelez que oui, vous servez à quelque chose. Vous êtes en vie. Vous êtes la plus belle chose qui soit. Vous êtes entier.

En conclusion, ce serait banal de dire que j’ai adoré Milk and honey. Cela, mes chers, est une évidence. Alors je vais plutôt vous dire comment ce recueil va évoluer dans ma bibliothèque.

Il ne rejoindra pas mon étagère. Au lieu de ça, il va rester sur ma table de chevet parce que les mots de Rupi Kaur valent mieux que tous les discours sur l’estime de soi qui peuvent exister. C’est une très belle leçon que nous rappelle l’auteure.