[BD] L’enragé du ciel

couverture

Synopsis :

Roger Henrard a été le premier à photographier « Paris vu du ciel » à très basse altitude et pendant plus de vingt ans, de la fin des années 20 aux années 50.

De 1939 à 1940, Roger Henrard réalise au profit des services de renseignements français d’audacieuses missions d’espionnage aérien au-dessus de l’Allemagne ; une fois la France occupée, il se repliera en Algérie pour continuer le combat…

Bien que marié et père de famille, Roger Henrard ne cessera jamais de séduire, emportant sur son biplan des belles à qui il fait immanquablement tourner la tête !

Mon avis:

J’ai commencé cette BD sans trop savoir de quoi ça parlait et sans avoir lu le résumé du tout. Ainsi, ce n’est qu’à la fin que j’ai compris que c’était une histoire vraie. Celle de Roger Henrard. Un passionné d’aviation qui ne se décourage jamais malgré les crash à répétition qu’il subit. Un doux rêveur. Un irresponsable qui, par la force des choses, accomplit des actions significatives.

Malgré un coup de crayon assez spécial et qui, du coup, ne m’a pas charmée au premier abord mais auquel je me suis habituée très rapidement, j’ai été conquise par le ton et la liberté adoptés.

C’est bon enfant. C’est raconté de façon insolente et innocente à la fois, comme l’humour de Jérémy Ferrari. J’ai beaucoup souri. Ce qui arrive à Roger Henrard est digne des meilleurs gags hollywoodiens. C’est tellement invraisemblable qu’on ne peut pas croire que ça a vraiment eu lieu car c’est rocambolesque.

A côté de ce personnage auquel on finit par s’attacher malgré son côté enfantin, on apprend une nouvelle facette de l’Histoire. Un aspect que pour ma part, je ne connaissais pas du tout alors forcément, cette BD est vraiment instructive.

De plus, je trouve que le dessinateur a fait un sacré travail car en une vignette, le message passe. Point besoin de beaucoup de mots. Le message passe. C’est clair et efficace.

Ainsi, j’ai passé un bon moment avec L’enragé du ciel. Je n’ai pas vu le temps passer et elle me laisse un bon souvenir.

Un sac de billes – Joseph Joffo

couverture

Synopsis :

Paris en 1941 n’est plus la capitale d’une terre d’asile qui arbore pour devise au fronton de ses mairies «Liberté, Egalité, Fraternité.»
Paris est une ville occupée où l’ennemi nazi impose ses lois d’exception et le port de l’étoile jaune à tous les Juifs. Leur mère en a donc cousu une au revers du veston de Maurice et de Joseph avant leur départ pour l’école.
Le résultat est immédiat, le racisme des gamins se déchaîne et les deux Joffo rentrent qui avec l’oreille en chou-fleur, qui avec l’œil poché et le genou meurtri. Oh ! en compensation, il y a bien eu le troc proposé par Zérati, le copain de Jo, l’étoile jaune contre un sac de billes, mais leur père a compris: il faut fuir. Maurice, douze ans, et Joseph, dix ans, doivent rejoindre leurs frères Henri et Albert déjà installés à Menton. Ils auront à franchir la ligne de démarcation, près de Dax, sans papiers. Les parents suivront plus tard. Et la course vers la liberté commence.

Mon avis:

Ce roman est une relecture mais en tenant compte du fait que je n’avais que dix ans à ma première lecture et que je ne m’en souviens pas du tout, c’est comme si je découvrais seulement Un sac de billes. J’ai absolument voulu le relire suite à mon visionnage de l’adaptation qui vient de sortir avec Patrick Bruel.

A cet instant, aucun acteur n’aurait pu avoir devant la rampe plus de majesté que le père Joffo derrière son comptoir.

Ainsi, pendant ma lecture, j’ai été frappée par le ton sur lequel l’histoire est racontée. J’y retrouve la fraîcheur voire l’impertinence du Petit Nicolas. Il y a une bonne humeur qui donne irrésistiblement envie de sourire alors que le sujet ne s’y prête pas. C’est un contraste étonnant mais qui fait mouche.

En connaissant à l’avance ce qui allait se passer, j’ai lu ce témoignage avec une sorte de détachement, je me suis concentrée sur d’autres aspects de l’histoire. En l’occurrence, j’ai eu l’impression que tous les personnages étaient manichéens, qu’il n’y avait pas de place pour les nuances. Soit ils aidaient d’emblée Jo et son frère, soit c’était des affreux. Cela aurait pu être simpliste, cela aurait pu me déranger sauf que grâce au ton employé, à l’insouciance qui s’en dégage, à la nostalgie de l’enfance que l’on sent littéralement transpirer à toutes les pages, cela m’a paru naturel. Cela m’a rappelé ce que c’était, quand on était jeune et qu’on croyait que tout le monde était simple à comprendre, que tout le monde était rempli de bons sentiments.

Malgré une histoire très sérieuse, le ton est badin, voire joueur. J’ai vu les lieux à travers les yeux d’un gamin de dix ans et ai vécu leurs péripéties comme si j’étais dans leur peau. Pas avec mes yeux d’adulte mais ceux d’un enfant. J’insiste sur ce point. J’ai vécu leurs aventures comme eux vivaient celles de leur grad-père à travers les histoires que leur racontait leur père avant de se coucher.

Peut-être que c’est une manière de se détacher de la brutalité des faits, des paroles ou de se s’exorciser de la peur mais il n’empêche que cette façon de procéder est efficace. Elle nous rappelle que l’innocence est le bien le plus précieux des enfants qu’il faut toujours la protéger pour qu’ils grandissent à leur rythme.

C’est le ton du récit que je retiendrait surtout en plus de l’histoire, bien entendu car il renvoie une image de la jeunesse qui me touche et m’émeut. Une image pour laquelle j’éprouve une tendresse particulière.

Mais qu’est-ce qui vient d’arriver? J’étais un gosse, moi, avec des billes, des taloches, des cavalcades, des jouets, des leçons à apprendre, papa était coiffeur, mes frères aussi, maman faisait la cuisine […] et tout d’un coup, on me colle quelques centimètres carrés de tissu et je deviens juif.

Ainsi, Un sac de billes reste un récit intemporel, il ne perd pas de sa fraîcheur et reste une plaisir à lire et à relire.

Mon avis sur l’adaptation (2016):

On sent que l’histoire est vue à travers les yeux de Joseph, alors enfant. Les évènements historiques ne sont pas développés mais ce n’est pas dérangeant dans le sens où finalement, ils importent peu. Ce qui importe, dans l’immédiat, c’est le sort de Joseph et de sa famille. Bien qu’il se retrouve très vite séparé d’eux et qu’il n’a plus que son grand frère pour l’épauler, leur périple à travers la France se suit avec plaisir.

J’ai notamment été agréablement conquise par l’interprétation de Patrick Bruel. Il exsude de lui un charme fou et cela rend son personnage encore plus magnétique. Ce qui fait qu’on comprend aisément les liens resserrés familiaux qu’il a avec sa femme mais surtout avec ses enfants. C’est leur modèle à tous: impossible de ne pas ressentir cela à travers ses scènes. C’est un fait. Il a cette prestance qui installe le personnage et qui fait qu’on ne veut pas le quitter.

De même pour Kev Adams. C’est la première fois que je le vois dans un registre dramatique et je trouve que ça lui va drôlement bien. Il incarne le personnage qui semble insouciant par excellence mais qui est en réalité bien plus profond et engagé qu’il n’y paraît. Une bonne surprise.

A force d’avoir trop vu Les Visiteurs, j’avoue que je devenais incapable de voir Christian Clavier sans être agacée. Jacquouille m’a marquée mais en mal. Eh bien, comme pour Adams, je découvre Clavier dans un registre dramatique, avec sa voix normale et qu’est-ce que ça fait du bien!

C’est surtout l’interprétation de celui qui joue Joseph, Dorian Le Clech, que je retiendrai. Ce petit garçon est encore bien jeune mais il possède littéralement cette lumière, cette innocence avec laquelle Un sac de billes est narré. Pour moi, il rend justice au livre.

Cette adaptation est selon moi réussie car les acteurs et actrices ont vraiment bien travaillé. J’ai été convaincue par l’interprétation de tous et malgré des scènes modifiées et des passages fantaisistes mais qu’on pardonne car ils servent à raconter l’Histoire, je suis ressortie de la salle très émue, la gorge nouée.
Cette adaptation et le livre se complètent bien pour moi.