An emotion of great delight – Tahereh Mafi

Synopsis (Traduction par moi):

2003, plusieurs mois ont passé depuis que les USA ont officiellement déclaré la guerre à l’Irak et le monde politique américain a changé. Les tensions s’élèvent, les crimes raciaux aussi, des agents du FBI infiltrent les mosquées locales et la communauté musulmane est harcelée et prise pour cible plus que jamais. Shadi, qui porte le hijab, fait profil bas. Elle est trop occupée à se noyer dans ses propres problèmes pour avoir le temps de se préoccuper de la religion.
Shadi signifie la joie mais elle est hantée par le chagrin. Son frère est mort, son père est mourant, sa mère s’effondre et sa meilleure amie lui a tourné le dos. Sans parler de son coeur brisé.
Shadi essaye de naviguer dans son monde chancelant sans rien dire. Elle noie sa propre peine, chaque jour jusqu’à ce qu’un jour, tout change. Elle explose.

Mon avis:

Tahereh Mafi a un don, c’est de nous plonger par ses mots dans la mélancolie et le mal-être de ses personnages.

L’histoire est narrée sur deux espaces-temps.

En 2001, elle était une ado normale. Elle se chamaillait avec sa soeur, sa mère peinait à la réveiller pour aller au lycée et elle partageait une complicité avec Mehdi, son frère. Elle avait une meilleure amie, Zahra et un béguin qu’elle peinait à lui cacher pour son frère, Ali.

Aujourd’hui, elle n’est plus l’ombre que d’elle-même. Sa famille s’est disloquée suite à la mort de Mehdi et elle s’est recluse.

Elle subit la vie et parfois, on se demande si elle n’a pas des tendances suicidaires.
Honnêtement, le contexte politique donné par le résumé n’est pas hyper présent dans l’histoire qui se concentre plutôt sur les états d’âme de Shadi. Cela peut être un mauvais point comme un bon point en fonction de ce que vous attendez. De mon côté, je suis ambivalente car même si j’ai adoré cette plongée dans la psychologie de Shadi, j’ai l’impression d’avoir été trompée par le résumé.

Ce récit, si on excepte le contexte familial de Shadi, pourrait être le récit de tout adolescent lambda.

Il y a des pistes de réflexion autour de la religion de Shadi, de comment est vécue la guerre par sa communauté, des scissions et de la honte qui naissent parmi les musulmans qui se retrouvent persécutés du jour au lendemain à cause de leurs croyances. Cet aspect-là a le mérité d’être mentionné.

We were all struggling. It was an awful time – politically and emotionnally – for everyone in America, but there was a special pain in being made to feel like we weren’t allowed to join in, like we had no right to mourn alongside our fellow citizens. Americain Muslim had a great deal to mourn – more than most people bothered to imagine. We were gutted not only by the horrible tragedy that had befallen our country, but by the disastrous fallout affecting our religious communities and the personal losses we suffered – friends and family dead, missing – in the wars overseas. But none of that seemed to matter; no one wanted to hear about our pain.

Cependant, l’histoire est avant tout le récit d’un mal-être.

Si j’ai ressenti de la sympathie pour Shadi, j’ai également ressenti de la frustration à son égard.

Les anglophones ont un mot pour désigner ce qu’elle est: a pleaser. Quelqu’un qui veut plaire à tout prix, quitte à négliger son propre bonheur. Au bout d’un moment, Shadi m’a agacée car je l’ai trouvée très passive dans ce qu’elle vit. J’aurais voulu la secouer et lui ordonner de s’exprimer. Oui, vraiment, elle m’a énervée. Il y a particulièrement une scène qui m’a marquée. Celle où sa soeur, Shaida, ouvre les vannes et lui fait part de sa souffrance. Elle met en lumière un aspect du contexte familial qu’on ignore. Elle nous fait réaliser que la souffrance n’épargne pas les autres membres de la famille de Shadi. Que tous souffrent. Alors, quand Shadi ne réagit pas, qu’elle se tait, encore et toujours, c’est frustrant et c’est un euphémisme de le dire.

J’ai attendu jusqu’à la fin que la promesse du résumé se concrétise, que Shadi explose enfin, qu’elle exprime tout ce qu’elle garde au fond de son coeur. Alors, oui, il y a bien des choses qui se passent mais finalement, la fin du récit est à l’image de Shadi, tout se passe en silence. La transformation désirée ne se fait pas sur un coup d’éclat. Elle commence de l’intérieur pour se propager doucement.

Moi qui attendais une action explosive, je suis déçue de confesser être restée sur ma faim.

La conclusion de l’histoire se fait sur une porte ouverte. Là où Shadi voit enfin la lumière au bout de la dépression dans laquelle elle se complaisait, l’auteure choisit de nous laisser sur cette note. Comme ça.
Mouais mouais mouais.

En bref, j’ai adoré retrouver les mots de Tahereh Mafi et sa manière d’écrire mais je reste dubitative quant à l’effet produit par ce roman. J’ai l’impression que l’auteure a voulu aborder plusieurs thèmes liés à la religion mais que quelque part, elle a perdu ceux-ci de vue et s’est noyée dans la description du gouffre dans lequel se trouve Shadi.

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