Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giebel

couverture

Synopsis:

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude.
Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer.
Une rencontre va peut-être changer son destin…
Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?
Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

Mon avis:

Je découvre la plume de Karine Giebel avec ce roman et c’est une véritable claque!

D’un côté, l’histoire nous présente Tama. Arrachée à sa famille quand elle était enfant, le récit nous fait vivre sa nouvelle vie alors qu’elle est entraînée dans l’esclavage moderne. C’est ainsi que nous découvrons sa nouvelle vie alors qu’elle n’a que huit ans. On pourrait croire qu’à cet âge, son innocence serait préservée, qu’elle ne découvrirait les pires atrocités de l’homme que bien plus tard mais la vie ne l’épargne pas. Tama n’est qu’une enfant mais ce qu’elle s’apprête à découvrir nous brisera le coeur de nombreuses fois au cours de notre lecture.

De l’autre côté, nous faisons connaissance avec Gabriel. Cet homme qui vit en ermite au fond des bois trouve un jour sur son palier une jeune femme qui n’a plus aucun souvenir. Elle a reçu un choc à la tête et les pensées de Gabriel nous apprennent qu’il n’est pas un homme normal. S’il vit en reclus, c’est pour une raison. S’il a choisi de s’isoler, ce n’est pas anodin. Et pourtant…

Le récit est construit sur ces deux trames et rapidement, on se doute qu’en fait, on est en train d’opérer des voyages entre le passé et aujourd’hui.

Pourquoi ai-je été incapable de lâcher le roman? Pourquoi n’ai-je pas vu les pages défiler?

Le quotidien de Tama est raconté avec une candeur qui désarme. On est plongé dans une vie très sombre, où il est facile de désespérer. Pourtant, elle a une résilience qu’on admire. Alors que nous, avec notre vision de la vie influencée par le confort dont on peut jouir, on est forcé d’admettre qu’on rendrait les armes et qu’on préfèrerait mourir, Tama démontre une force extraordinaire. Certains diraient qu’elle est faible, moi, je trouve qu’elle est incroyable. Elle force véritablement mon admiration car elle subit tout et cela contribue à la rendre invincible en esprit.

Combien de fois elle m’a fait réfléchir avec ces toutes petites choses qu’on tient pour acquises et qui, pourtant, ne le sont pas pour tous? Tama, c’est l’exemple même de la personne qui vous fait apprécier l’école parce que l’école, c’est l’éducation, mais c’est avant tout un moyen. Le moyen de connaître la vraie liberté. Celle des mots, celle de l’esprit avant même celle des actes.

Un autre aspect sur lequel elle m’a interpelée, c’est sur l’objet doudou. On connaît son utilité pour les petits enfants mais comment ne pas s’émouvoir devant ce qu’il représente pour Tama?

Concernant Gabriel et son inconnue dont l’identité ne laisse rapidement aucun doute pour nous, c’est un processus d’apprivoisement qui se joue devant nos yeux. Gabriel a sciemment choisi de rompre tout lien social. Son métier peut nous faire froid dans le dos mais il attire notre curiosité. On se demande où le récit nous emmène avec lui. Quelle étape représente-t-il?

Ainsi, en alternant les chapitres du point de vue de Tama et du point de vue de Gabriel, on tourne toujours les pages à une allure frénétique, impatient d’en lire plus.

Et puis, arrive THE rebondissement. Celui qui révèle l’identité de l’inconnue recueillie par Gabriel.

Ce rebondissement m’a surprise. Totalement. Surtout, il a induit une réflexion qui me travaille encore maintenant. Il nous montre que ce que vit Tama, beaucoup d’autres le vivent. On s’est attaché à Tama mais elle n’est pas la seule à souffrir dans le silence le plus total. Ce qu’elle raconte, beaucoup d’autres peuvent également en témoigner. Ce roman ne nous présente pas une seule héroïne. Tama représente toutes les personnes qui subissent l’esclavage domestique. Tama est la voix de la somme de toutes ces souffrances.

L’esclavagiste moderne considère les Tama comme des choses de la même manière qu’on regarde nos casseroles ou nos voitures. Karine Giebel nous rappelle qu’elles sont des personnes avant tout, des êtres humains. Elle nous rappelle que c’est bien beau d’avoir des valeurs, de s’insurger contre des idées, de se révolter contre la maltraitance et/ou la traite humaine, mais qu’il faut également garder à l’esprit qu’il faut que cela soit suivi d’actes. Car en attendant, ce n’est pas notre indignation qui sauve ces innocents.

A la fin de ma lecture de ce roman, c’est ce message que je retiens. L’Homme est capable de toutes les pires monstruosités mais il est aussi capable du meilleur. La rédemption, le pardon, l’amour, en sont les clés.

Je referme ce livre agitée et dans le même temps, la fin que nous propose l’auteur me satisfait. Il y a un final en apothéose qui peut nous briser le coeur mais il y a aussi un final qui colle aux personnages qui le portent.

En conclusion, Toutes blessent, la dernière tue ne peut laisser personne insensible. C’est un coup de poing qui coupe le souffle et dont on ne se remet pas. C’est une révélation qui nous plonge dans un silence de cathédrale et qui nous laisse en émoi. C’est intense.

6 commentaires sur « Toutes blessent, la dernière tue – Karine Giebel »

  1. J’avais été déçu par le dernier Giebel que j’avais lu (Meurtres pour rédemption) que je trouve inutilement trop long. En revanche, je concède à Giebel un très grand sens de la dramaturgie. Ce que tu dis me tente beaucoup.

    1. Je ne lirai pas du Giebel tout le temps mais vu la claque que ça m’a fait, il est clair que je la relirai pour sûr. Après, quand ou à quel rythme … C’est une bonne question 😄

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