L’expérience extrême – Christophe Nick et Michel Eltchaninoff

couverture

Synopsis:

Imaginez un jeu télévisé où l’on vous demande d’administrer des décharges électriques à un candidat qui se débat, hurle et perd connaissance. Vous êtes encouragé par une belle animatrice et un public déchaîné. Tout cela vous paraît bizarre et sadique. Mais après tout, c’est la télévision.
Un cauchemar de scénariste ? Non, une expérience scientifique réalisée en France en 2009. Plus de 80 % des joueurs sont allés jusqu’à pousser la manette des 460 volts.
Nous avons proposé à des Français comme vous et moi de participer au pilote d’un jeu télé. En réalité, il s’agissait d’un leurre : pas de décharges, pas de victime, mais une équipe d’experts chargée d’étudier le degré de soumission à ce nouveau type d’autorité qu’incarne la télévision. Adaptée d’une célèbre étude menée aux États-Unis dans les années 1960 par le psychologue social Stanley Milgram, l’expérience de «La Zone Xtrême» montre que nous sommes bien plus soumis qu’il y a cinquante ans.
Nous nous imaginons autonomes, libérés, voire rebelles. Nous sommes en réalité de plus en plus obéissants, et de plus en plus seuls, face à de nouveaux pouvoirs.

Mon avis:

Je lis rarement des essais mais comme le résumé de celui-ci m’a interpellée, je savais que peu de temps allait se passer avant que je le lise. En plus de narrer l’expérience telle qu’elle s’est déroulée, nous avons une analyse de toutes les conditions qui ont concouru à son existence. Pourquoi le besoin s’est fait de la mettre en place, pourquoi ses résultats nous glacent d’effroi… les explications offertes nous font réagir par la vérité qu’elles recèlent.

J’ai grandi en regardant beaucoup la télévision. Sans être une consommatrice des émissions de télé-réalité, j’en ai néanmoins beaucoup entendu parler sans parler des extraits qui passent partout et légion sont les images qui circulent. Destinées à faire rire ou à choquer, elles envahissent notre quotidien.

Au premier abord, en lisant les conclusions de l’expérience, j’ai été horrifiée. J’ai été révoltée au nom de l’Humanité. Cependant, même si cela nous dérange, il y a des choses qui sont devenues notre nouvelles réalité.

Il n’est pas d’individu plus manipulable et donc plus obéissant que l’être seul face à un pouvoir légitime.

A partir de là, on suit la décortication de l’expérience avec une désolation grandissante pour mieux appréhender et comprendre le comportement de l’Homme.

Même les être les plus ordinaires peuvent devenir des assassins et des monstres, non pas sous l’effet d’un penchant démoniaque et exceptionnel au mal mais à cause d’une absence de pensée autonome, d’une entrave à toute possibilité de jugement.

J’ai été surprise de voir jusqu’où remontent les premières émissions de télé-réalité. Je ne me doutais pas qu’il fallait remonter l’histoire aussi loin. Je dois également dire que c’est intéressant de mettre en relation l’histoire de la télévision avec un contexte socio-économique. Comme j’ai toujours été fascinée par l’époque du nazisme, j’ai apprécié de voir en quoi l’expérience permettait d’expliquer le comportement des victimes, des bourreaux mais aussi celui de ceux qui vivaient dans des zones grises; résistants, collaborateurs…

En prouvant que des citoyens de grandes démocraties se rendent capables de faire du mal à autrui tout en n’éprouvant aucun plaisir à le faire, la psychologie sociale montre que le problème n’est pas le sadisme de certains – peuples ou individus – mais l’obéissance de (presque) tous.

Nous comprenons vraiment grâce à cet essai comment et pourquoi une personne peut agir d’une certaine façon ou tout son contraire.

J’ai lu certains passages comme si c’était un thriller alors que j’en connaissais pertinemment le dénouement. De même que j’ai été révoltée par certains morceaux, j’ai été touchée aux larmes grâce à certaines personnes.

Se rebeller est un acte solitaire, un acte de dignité intime. Résister, c’est s’organiser dans un collectif dont le but est subversif par rapport au pouvoir coercitif.

L’expérience extrême fait donc intervenir d’autres champs que celui du compte-rendu. Il nous rend acteur et participant. Il nous fait réagir immanquablement. C’est pour cela que je conseille à tous de le lire autant pour votre culture personnelle que pour vous faire réfléchir.

Modelé par l’idéologie, séparé des autres de manière ontologique, l’homme du totalitarisme est à la fois masse et atome.

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4 réflexions sur “L’expérience extrême – Christophe Nick et Michel Eltchaninoff

  1. J’avais entendu parler de cette expérience que j’avais trouvé horrible. Elle ne donne pas espoir en l’humanité mais j’ignorais qu’il y avait un ouvrage qui la relatait.

  2. Un essai qui doit certainement interpeller son lecteur. J’ai déjà entendu parler de tout ça par d’autres personnes. Possible que je m’y intéresse un de ces 4.

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