The handmaid’s tale (La servante écarlate) de Margaret Atwood – Critique comparée du roman et de la série

couverture

Synopsis:

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Mon avis sur le roman

La première fois que j’ai entendu parler de ce roman, c’était par ma copine Avalon qui était en train de le lire. Ce qui est drôle, c’est qu’à peine une dizaine de minutes avant, j’avais lu le résumé de la série qui en était adaptée et quand elle m’a dit qu’elle était dans ce roman, je lui ai répondu: « tiens, ça ressemble à une série que je viens de voir passer ».

Cela fait maintenant quelques semaines. Depuis, j’ai beaucoup entendu parler de ce roman car la série semble remporter tous les suffrages. Emma Watson a également contribué au bouche-à-oreille en déposant une centaine d’exemplaires de ce titre dans notre capitale. Le hasard a voulu qu’à Londres, je tombe dessus alors en rentrant, j’ai décidé de lire le texte et de le comparer ultérieurement à l’image.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman car la narration est très descriptive. Nous sommes plongés dans une société où la religion a pris le pas sur tout le reste. Par le biais des souvenirs de l’héroïne, Offred, nous comprenons qu’avant, elle était mariée à un certain Luke, qu’elle avait une fille et que la vie qu’elle menait ressemblait à la nôtre. Elle portait des shorts, du vernis, du maquillage. Elle pouvait porter des débardeurs ou des jupes… Comme sa mère aime à le rappeler, elle disposait de libertés que nous considérons aujourd’hui, dans les pays occidentaux, comme acquises. Nous aurions pu être à sa place. Nous pourrions être elle.

Un jour, le pouvoir est devenu théocratique. A partir de là, tout ce que les femmes possédait leur a été arraché. Le droit à l’avortement? Supprimé. Le droit à une sexualité assumée? Supprimé. Les femmes sont réduites à un rôle d’objet. Lorsqu’elles n’appartiennent pas à la classe riche, elles sont soit des servantes soit des préceptrices. Préceptrices dont on se demande si les bonnes soeurs fanatiques de Game of Thrones n’en sont pas inspirées. A chaque fois qu’une scène avec elles est évoquée, je m’attends presque à ce qu’elle agite une clochette en répétant: « Shame » à tout va.

Offred nous raconte son nouveau quotidien alors qu’elle est devenue une Servante. Elle nous raconte sans fard à quel point la femme est chosifiée. Désormais, il n’y a plus d’amour, plus de couple, plus de désir. L’acte de copulation n’est plus qu’une mascarade, un passage obligé pour celle qui veut survivre, presque un viol si on replaçait cela dans notre contexte actuel.

I am the outside woman. It’s my job to provide what is otherwise lacking. Even the Scrabble. It’s an absurd as well as an ignominious position.

Entre passé et présent, Offred nous fait prendre conscience de la chance que nous avons. On ne pense jamais aux combats qui ont été menés pour nous mais The handmaid’s tale est ce des livres qui nous font réfléchir.

Bien que j’ai été gênée au début par le style très descriptif du récit, cela m’a permis, petit à petit, d’être immergée dedans. Je ne ressentais plus de détachement. A mon insu, j’ai été plongée dans la peau d’Offred et j’étais nostalgique de ces choses que j’avais perdues. Mon amour, ma fille, ma vie. J’étais révoltée pour elle. J’avais envie de me battre pour elle. Je me sentais impuissante.

En plus de cela, à partir de ce moment, l’action démarre et je n’ai plus pu quitter Offred et ses camarades. J’étais complètement en transe. Je vivais littéralement l’action.

Enfin, la conclusion du récit est assez sombre mais en même temps, cela rend la réflexion d’autant plus nécessaire. La fin ouverte nous permet d’imaginer une fin heureuse à Offred mais quand on voit comment la société a évolué, on se demande quel est l’intérêt d’y vivre. Cela me déroute car la fin abrupte du récit d’Offred ne nous donne aucun indice sur ce qu’elle est devenue. Nous pouvons pencher des deux côtés sans problème. Cependant, j’ai le coeur qui bat la chamade car sur les derniers chapitres, le rythme de l’action a véritablement pris en intensité et en vitesse.

Tout le long du récit, je me demandais où l’auteure voulait en venir, je me demandais ce qui était réservé pour la fin.

Maintenant, je suis convaincue d’une chose: je pense qu’il n’y a pas de fin car comme le disait Offred à un moment, cela ferait rentrer son récit dans un cadre fictif. On se détacherait de lui car on verrait clairement une distinction entre le réel et l’imaginaire. Or, l’effet produit par l’absence de fin est à l’opposé. On a l’impression d’avoir lu un vrai témoignage d’une personne luttant pour sa survie et ça, c’est fort.

Et la série?

Premier point: le casting est particulièrement soigné car j’ai eu l’agréable surprise d’y retrouver Yvonne Strahovski, la chérie empoisonneuse de Dexter, Joseph Fiennes et Alexis Bledel.

Ensuite, entrons dans le vif du sujet: quelques libertés ont été prises (évidemment) mais en ce qui me concerne, cela me va très bien car elles permettent d’introduire du peps. Le récit n’est plus descriptif. On rentre tout de suite dans l’action car elle commence déjà très fort.

Certaines scènes qui étaient des points culminants en fin de récit se retrouvent dans les premiers épisodes. Le résultat est percutant. Il marque durablement l’esprit. On ne peut pas ne pas réagir car dès le départ, notre empathie est mise à contribution. Nous sommes dérangés par certaines scènes. On se demande comment une culture libérale a pu devenir si renfermée et tournée vers la religion.

Bien sûr, on a quelques explications mais les images nous permettent de mieux appréhender le poids des mots.

A partir de là, chaque épisode est construit de manière à nous faire penser. Ainsi, lors de la scène de l’accouchement de Janine, les réalisateurs ont voulu montrer le désespoir lancinant des Wives. Ridicule au premier abord, cette scène est efficace pour montrer jusqu’où une femme qui veut désespérément un enfant est prête à aller. A partir de là, la réalité des Handmaids se fait logique.

Dans le même registre, le passage de la Bible lu par le Commander au début des cérémonies m’a permis de comprendre pourquoi ensuite, l’acte de copulation se faisait de la manière tel qu’il se faisait.

Enfin, on croirait que chaque épisode est lent, qu’il ne s’y passe rien. C’est pour cela que j’ai envie de vous conseiller de les savourer un par un. Ne faites pas de binge-watching dessus. Cela vous ferait passer à côté des pistes de réflexion qui sont mises en images à la perfection. Au contraire. Regardez-les tels qu’ils sont, ne le faites pas passer en vitesse x1.5… The handmaid’s tale se déguste par l’esprit.

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