Fatherland – Robert Harris

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Synopsis:

Berlin, 1964. Les forces de l’Axe ont gagné la guerre, la paix nazie règne sur l’Europe. L’Amérique a refusé le joug. Mais dans quelques jours, le président Kennedy viendra conclure une alliance avec le Reich. Ce sera la fin du monde libre.Deux meurtres viennent perturber les préparatifs. Les victimes sont d’anciens S.S. de haut rang jouissant d’une paisible retraite. Chargé de l’affaire, l’inspecteur March s’interroge. S’agit-il d’un règlement de comptes entre dignitaires ? Pourquoi la Gestapo s’intéresse-t-elle à l’enquête ? Quelle est cette vérité indicible qui semble menacer les fondations mêmes du régime ? Dans Berlin pavoisé, les bourreaux guettent, prêts à tout pour étouffer les dernières lueurs de la liberté.

Mon avis:

Je me suis décidée à sortir ce roman de ma PAL quand chéri m’a dit « j’aimerais bien que tu le lises et que tu le détestes ». Dans mon souvenir, j’avais été intéressée par ce titre pour son contexte et honnêtement, il me semblait donc avoir juste affaire à une simple dystopie. Mais en relisant le résumé, je me suis rendue compte qu’en fait, j’allais avoir affaire à un tout autre genre.

Les cent premières pages ont été lues un peu laborieusement mais j’ai tenu le coup tant bien que mal.

Nous suivons March, un inspecteur de la criminelle alors qu’il enquête sur des meurtres à l’allure d’accidents. Les victimes sont d’anciennes grosses pompes de la S.S.

March présente la particularité d’être lucide vis-à-vis du régime dans lequel il vit, ou du moins, il commence à s’éveiller. Nous sommes dans un monde où Hitler a gagné la guerre. Son empreinte a changé la donne concernant la face du monde. L’Europe telle que nous la connaissons est entièrement annexée par l’Allemagne. Les pays sont devenus des colonies de l’empire allemand. Seule, la Suisse est restée neutre. Personne ne connaît le sort des Juifs ou plutôt, tout le monde y est indifférent. Ce n’est même plus d’une politique de l’autruche dont il s’agit. C’est juste que « les Juifs sont là-bas. Nous, on est là, on a nos problèmes, on va pas en plus s’occuper des autres ».

Or, ce contexte n’est pas mis en exergue. Robert Harris choisit de se concentrer sur l’enquête et la toile de fond devient anecdotique. Voilà ce qui a tant déplu à chéri. Il s’attendait à quelque chose de plus approfondi de ce côté-là et je dois avouer que les cent premières pages m’ont donné un sentiment de déception pour les mêmes raisons. J’ai été frustrée de réaliser que je n’avais au final qu’une enquête policière.

Mais ensuite…

Plus je lisais et plus je me rendais compte d’une chose. Fatherland nous décrit un monde où le régime nazi est devenu la norme. La violence propre à ce qu’il représente s’est banalisée. Les gens vivent dans une société où il est normal qu’un enfant dénonce son père, où les touristes parcourent l’Allemagne en écoutant une propagande. Le quotidien de tous est marqué par la présence oppressante de la philosophie d’Hitler.

« Imaginez, une vie consacrée à démasquer des criminels et insensiblement, vous découvrez que les vrais assassins sont ceux pour qui vous travaillez. Vous faites quoi? Surtout quand tout le monde vous répète de ne pas vous tracasser, que vous ne pouvez rien y changer, que c’était il y a bien longtemps? »
Elle le regarda différemment.
 » Je suppose qu’on devient fou.
– Ou pire. Sain d’esprit. »

C’est là que l’auteur nous fait réfléchir. Cette banalisation de l’Etat policier fait peur. En s’installant dans la vie de tous les jours, elle marque car l’inacceptable devient accepté. Je pense à cette image de la grenouille dans le chaudron. Si vous la plongez directement dans de l’eau chaude, elle va sauter et s’échapper tandis que si vous la plongez dans de l’eau froide et qu’ensuite, vous la mettez à chauffer, elle ne se rendra pas compte qu’elle est en train de mourir à petit feu.

Fatherland, c’est la chronique d’une société en train de mourir. Mais c’est une histoire qui est susceptible d’arriver vraiment si on observe ce qu’il se passe en ce moment autour de nous. Il suffit, comme March, d’ouvrir les yeux et de penser par soi-même.

Bien sûr que vous saviez! Vous saviez chaque fois que quelqu’un en sortait une bien bonne à propos d’Untel « réinstallé à l’Est »; chaque fois que vous entendiez une mère menacer son gosse de le mettre dans la cheminée s’il n’était pas sage. Nous savions quand nous nous nous sommes installés dans leurs maisons, leurs commerces. Nous savions mais nous n’avions pas de données, de faits. (Il désigna ses notes de sa main gauche). Ceci met de la chair sur les os. Et des os là où il n’y avait que de l’air.

Ainsi, les cent dernières pages de ce roman constituent ce que j’ai préféré du récit. Elles s’écartent de l’intrigue policière pour nous plonger directement dans l’Histoire. Une plongée en abîme car quand on sort sa tête de ces pages, on est horrifié. On sait que cela a eu lieu. On sait que rien n’a été inventé ou exagéré mais on a cette impression d’être dans un roman d’épouvante. On réalise à quel point l’Homme peut être un loup pour lui-même. Tout devient concret car par le biais des témoins qui racontent leur expérience, on a l’impression de vivre nous-mêmes une partie de l’horreur des camps.

La résolution de l’enquête de March nous émeut. Elle sort du simple cadre policier et touche directement à l’Histoire. De plus, elle aurait tout à fait bien avoir lieu. Il n’en fallait que très peu pour que Fatherland tienne de l’imagination.

Ce récit est donc à lire sur plusieurs plans. Afin de ne pas être rebuté par les premières pages, je conseille de ne pas en avoir d’attentes car Fatherland vaut le coup pour la réflexion qu’il apporte. Un must-read!

5 réflexions sur “Fatherland – Robert Harris

  1. Rah ! Celui-ci m’a été prêté il y a très longtemps et je m’apprêtais à le rendre sans l’avoir lu mais, finalement, je vais peut-être tenter sa lecture ; ta chronique donne vraiment envie de s’y intéresser en tout cas (^-^)

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