Tant que nous sommes vivants – Anne Laure Bondoux

bondoux

Synopsis (Sortie le 25 septembre 2014):

Folle amoureuse de Bo l’étranger, Hama est contrainte de fuir avec lui. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers les territoires inconnus. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve? Parviendront-ils un jour à trouver leur place dans ce monde?

Mon avis (Sortie le 25 septembre 2014):

Je remercie les Editions Gallimard Jeunesse/On lit plus fort pour ce nouveau partenariat.

Autant vous prévenir tout de suite: Ne vous fiez surtout pas au résumé! Ce livre est une pépite qui touchera forcément une corde sensible en vous!

Coupé en quatre grandes parties, ce récit a pour héros Hama et Bo.

Tout commence dans un petit village qui n’est pas sans rappeler le Nord de la France ou la Lorraine. Plantons le cadre:

Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps héroïques où nos usines produisaient à plein régime et où nos richesses débordaient de nos maisons. Mais un jour, les vents tournèrent, emportant avec eux nos anciennes gloires. Une époque nouvelle commença. Sans rêve, sans désir.

Vous voyez ces clichés de la France profonde et minière? Attention, je précise que ce n’est en aucun cas du mépris, hein, surtout que je vis en Lorraine, mais lorsque vous lisez toute la première partie de Tant que nous sommes vivants, vous avez l’impression de voir soudainement le monde en gris et de vivre au temps de Germinal. Car en quelques mots, Anne-Laure Bondoux plante un décor et une atmosphère si austères, si tristes que lorsque vous fermez les yeux, même si aucune indication n’est donnée sur la disposition du village, ce n’est pas important car c’est une ambiance qui est l’évidence. Nous sommes dans un monde qui a connu la gloire et qui se trouve maintenant en plein déclin. Les habitants de cette société luttent tant bien que mal contre ce phénomène mais la morosité est en train de contaminer tout le monde.

C’est dans cette dépression que Hama et Bo tombent amoureux. Hama est une habitante du village mais Bo a l’horrible défaut d’être un étranger. Il vient du Nord. D’une communauté de forgerons qui plus est.

Leur romance n’est pas racontée par eux. L’histoire non plus.
Au commencement de la lecture, dès les premières lignes, par le ton adopté, par le lyrisme qui s’écoule des mots, vous savez d’emblée que vous avez affaire à un récit spécial. Un conte, une fable des temps modernes dont l’écriture et les émotions suscitées vous font irrémédiablement penser à ce que vous ressentez en lisant du Mathias Malzieu.

C’est irréel. Cependant, vous êtes embarqué dans une folle aventure, un tourbillon teinté de joie mais également de mélancolie.

Je disais tout à l’heure qu’elle touchait forcément une fibre.

En effet, l’auteure aborde de multiples thèmes. Bien sûr, il y a une romance mais elle n’est pas figée dans un « happily ever after ». Elle nous montre que l’amour comporte également des revers sombres. Il peut à la fois rendre heureux comme causer le malheur. Il peut suffire comme il peut détruire. Il peut s’épanouir comme il peut se flétrir. On retrouve ce jeu des doubles facettes dans d’autres éléments qui peuvent sembler être traités de manière superficielle mais qui en fait, résonnent longuement en nous: l’épanouissement personnel, la construction de soi et de sa vie, la réussite sociale… Elle raconte tout cela avec une poésie juste et simple à la fois.

Quand j’étais petit, un garçon du village m’avait prêté son vélo. Je m’entraînais à en faire sans les mains. Je suis tombé pas mal de fois! Mais finalement, j’ai compris comment garder l’équilibre et j’y suis arrivé. Nous aussi, on va tomber. On aura des bosses et des bleus. Mais on trouvera le bon équilibre. Je crois qu’on peut aimer sans les mains.

La galerie de personnages, tous plus atypiques les uns que les autres, est, je pense, ce qui apporte de la couleur à l’histoire. Ils ont tous un caractère spécial et apportent ce petit plus au récit. Que leur apparition soit de courte ou de longue durée, chacun d’eux contribue à ancrer l’histoire dans la réalité malgré l’impression d’onirisme qu’elle dégage.

Vous avez l’impression d’être comme Alice lorsqu’elle arrive au Pays des merveilles. Toutes les personnes que vous croisez sont spéciales même si pour certaines, leur prénom est un numéro.
De toute façon, est-ce vraiment la première fois que vous voyez cela? Dois-je vous présenter Four de Divergent, ou bien Four de Number four?

Je ne peux tout simplement pas vous présenter un seul personnage car ce serait injuste pour les autres. J’insiste vivement sur le point que chacun d’eux a une importance capitale malgré un rôle parfois minime dans l’intrigue. C’est paradoxal mais en même temps, chaque petit bout, chaque segment se rejoint pour donner une longue histoire complexe. C’est comme quand vous réalisez votre petitesse par rapport à l’univers mais lorsque vous additionnez toutes les vies, toutes les évolutions qui ont eu lieu grâce à elles, vous admettez que globalement, la vie sur Terre a eu des conséquences. Est-ce que vous comprenez ce que j’essaye si maladroitement de vous expliquer? C’est horrible, je ne trouve pas les mots justes pour exprimer mon ressenti face à ce roman tellement c’est intense!

Car mon ressenti final, à part que c’est manifestement un coup de coeur, c’est qu’il doit être lu par tous. Tant que nous sommes vivants est un conte onirique aux allures de Lewis Carroll et de Tim Burton réunis. C’est également un roman d’apprentissage. Un roman initiatique dont vous ressortez en ressentant ce que vous ressentez à la fin d’un film des studios Ghibli. Vous éprouvez une sorte de nostalgie, de mélancolie mais aussi de la douceur. Vous pouvez même entendre un piano en fond sonore.

Poignant, aérien, fort, unique… La liste des qualificatifs peut encore s’allonger mais ne suffit pas à lui rendre hommage. Vous voulez essayer? On en reparlera quand vous l’aurez lu!

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14 réflexions sur “Tant que nous sommes vivants – Anne Laure Bondoux

  1. Moi, Moi je veux bien essayer!
    Avis convaincant. L’atmosphère de ce roman a tout pour me plaire 🙂 Et ta comparaison avec les sentiments qu’on ressent après avoir vu un anime des studios Ghibli a achevé de me persuader qu’il faut que je me procure ce roman.

  2. Tu sembles si enthousiasme ! Après avoir lu ta critique, je n’ai qu’une envie, lire ce roman ! Merci pour cette découverte 🙂 La citation avec la métaphore du vélo et de l’amour est juste et très mignonne..

  3. « Tant que nous sommes vivants est un conte onirique aux allures de Lewis Carroll et de Tim Burton réunis. »
    Rien que pour cette phrase, j’ai envie de le lire !

      • Toute ta chronique m’a donné envie mais Lewis Carroll et Tim Burton sont deux univers que j’apprécie par dessus tout. BTW, je reviens sur WordPress.

          • Oui, en discutant avec ma petite soeur, je me rends compte que diviser mes articles ainsi ne permettait pas forcément à mes lecteurs de voir quels sont les nouveaux articles… Et puis, j’avais souvent des soucis pour mettre des articles en ligne. Je prenais un temps fou pour trois fois rien, le temps que le site réagisse.

          • J’approuve! J’avais tout le temps du mal à trouver tes dernières chroniques. Quand je cliquais sur le lien pour les voir, j’atterrissais sur l’index. C’était problématique de trouver la bonne page 🙂

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