L’enfant de Schindler – Leon Leyson

couverture

Synopsis (sortie début mai 2014):

Après que tout semble perdu pour Leon Leyson, déporté à l’âge de douze ans dans un camp de concentration, un homme – un nazi – lui redonne espoir. En l’employant comme ouvrier dans son usine, Oskar Schindler fait du petit Leon le plus jeune inscrit sur sa liste. Une liste qui sera synonyme de vie pour lui mais aussi pour des centaines d’autres juifs pris dans les filets nazis.

Mon avis:

Je remercie les Editions Pocket Jeunesse pour ce partenariat.

Sans même avoir lu le résumé, rien que le titre me donnait envie de découvrir ce récit et lorsque j’ai découvert que c’était un témoignage, j’étais aux anges!

La période de la Seconde Guerre mondiale, particulièrement du côté de l’Allemagne nazie et du génocide des Juifs m’a toujours intéressée et c’est donc naturellement que j’ai englouti les 200 et quelques pages de ce livre.

L’histoire nous est racontée par Léon, de son nom d’origine Leib et commence alors qu’il est encore tout jeune enfant, à l’âge de six ans. Nous sommes en 1935 et dans le village où il vit avec sa famille, l’électricité vient d’arriver.

Alors que je pensais que Léon Leyson nous raconterait directement son calvaire dans le camp de concentration, il a pris le parti de nous raconter son enfance, sa vie pour insidieusement, nous mener à son expérience dans le camp et c’est d’autant plus touchant qu’on est indigné pour lui de voir son innocence lui être volée sans aucun espoir. Il n’a alors même pas 10 ans.

Il nous fait vivre son quotidien: l’école, les jeux avec ses camarades, sa vie familiale… Tout cela se teinte peu à peu de peur, d’inquiétudes et de tentatives désespérées de se raccrocher à l’espoir infime que tout ce qu’il se passe autour d’eux sera de courte durée.

Les parents de Leon sont des personnes pieuses, honnêtes et travailleuses. Comme les milliers de Juifs qui les entourent, ils subissent la tyrannie de leur gouvernement sans rien dire. « Ca sera bientôt fini » ont-ils l’habitude de répéter pour rassurer leurs six enfants. Mais bientôt, l’horreur est telle que ce mantra se transforme en « Ça pourrait être pire ».

L’auteur nous fait vivre ce quotidien sans chichis. Il n’a pas besoin de dramatiser les choses, il suffit qu’il les raconte pour qu’elle nous marquent.

Lorsqu’il évoque le sort de son grand frère, en nous parlant du film de Steven Spielberg, La liste de Schindler, c’est une claque qu’on se prend car à ce moment-là, on réalise vraiment que ce qu’on a vu dans ce film s’est passé en vrai. Que ce n’était pas romancé, loin de là. Que derrière le film, il y a des vies réelles qui ont été perdues. On prend conscience qu’il nous faisait voir Oskar Schindler comme une sorte de héros: abstrait et inatteignable car Leon Leyson se charge de nous le présenter comme un homme. A travers ses yeux de jeune adolescent lorsqu’il rencontre celui qui lui a sauvé la vie, on fait connaissance avec un Oskar Schindler qui inspire d’abord la crainte et l’intimidation – n’oublions pas que c’est un nazi aux yeux des Juifs – mais qui rend aux hommes ce qui leur a été ôté dans le camp, voire avant: la dignité.

L’auteur raconte ce qu’il a vécu en toute simplicité sans dramatiser les faits et c’est ce qui rend son vécu et Schindler d’autant plus réels car par ses mots, on est littéralement projeté dans leurs vies. On n’est plus seulement témoin de l’action. Même si on sait que le petit Léon Leyson a survécu, on a peur avec et pour lui à tout instant. On tremble pour sa famille, on se demande ce qu’elle est devenue. On ressent ses émotions et même sa résignation. On est découragé, on est désespéré, on se prend en pleine figure la misère du camp et les sentiments des Juifs qui sont opprimés.

Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le témoignage ne s’arrête pas à la libération. L’auteur nous raconte sa vie d’après et on est indigné pour lui car la vie n’a décidément pas été facile pour lui. Le fait d’apprendre les circonstances de sa mort, car l’auteur est mort il y a peu de temps seulement, achèvent de rendre son récit authentique et poignant. Nous avons un témoignage à valeur historique, oui, mais également le récit de la vie d’un homme, d’un enfant qui a grandi trop vite et qui a consacré le reste de sa vie à s’émerveiller de celle-ci.

Ce témoignage n’est pas seulement là pour honorer la mémoire de celui qui lui sauvé la vie ainsi qu’à des centaines de Juifs, il est également là pour rappeler et faire prendre conscience à tous que ces atrocités ont pu avoir lieu parce que les personnes étaient mal informées et parce que les brimades qu’elles subissaient étaient tellement courantes et banalisées que lorsque les pas de plus vers la tyrannie ont été faits, ça a été fait pratiquement dans la résignation. L’indignation n’était que dans les cœurs des jeunes têtes car dans celui de leurs parents, il n’y avait rien à faire. C’est là que nous, nous devons nous rappeler que cela peut toujours se reproduire. Qu’il suffit de la peur et de la haine pour engendrer le pire chez les Hommes. Là où la 3ème vague de Toss Strasser nous avait bluffés par son caractère intemporel, Leon Leyson assène le coup de marteau final en nous faisant véritablement connaître la désespérance vécue par les Juifs. Et cette désespérance, on est tous susceptibles de la connaître car elle est universelle.

logo

Publicités

10 réflexions sur “L’enfant de Schindler – Leon Leyson

  1. Un très bel avis Aveline. J’aime beaucoup tes propos. La liste de Schindler est un film qui m’avait bouleversé. Je note ce roman pour prolonger la découverte de cet homme. Le travail de mémoire oui! Dommage que beaucoup de personnes semblent atteinte d’Alzheimer depuis quelques temps…

    • Pas du tout. Bon, le contexte l’est, évidemment, mais la manière de raconter de l’auteur est vraiment sans chichi, sans dramatisation. C’est comme si l’auteur racontait une fiction, il se détache des évènements. Il essaye de parler de la manière la plus neutre qui soit et c’est justement les rares moments où il se laisse aller que c’est d’autant plus poignant

Laisser une empreinte

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s