13 rue Thérèse – Elena Mauli Shapiro

couverture

Synopsis:

Trevor, un professeur américain qui vient d’emménager à Paris, découvre dans son bureau une vieille boîte remplie de lettres d’amour, de photos jaunies, et de souvenirs : des gants, des pièces de monnaie, un mouchoir en dentelle… Tous racontent la vie de Louise Brunet, une Française ayant vécu au 13, rue Thérèse pendant la Grande Guerre.

L’universitaire commence à reconstituer l’histoire de la jeune femme : son amour indomptable pour son cousin mort au combat, son mariage de convenance avec un homme travaillant pour son père, et sa liaison avec un voisin. Mais alors que Trevor tombe peu à peu amoureux de la charmante et fougueuse Louise, une autre Française, bien vivante celle-là, compte bien le séduire et le garder près d’elle.

Mon avis:

Tout d’abord, je tiens à remercier Livraddict ainsi que les Edictions Michel Lafon pour m’avoir fait confiance dans le cadre d’un partenariat pour ce livre. Je suis très heureuse que vous vous soyez remis à moi pour m’accorder le privilège de ce livre dont le résumé m’a plue d’emblée.

Le roman s’ouvre sur le point de vue d’une certaine Josiane qui se demande à qui elle va bien pouvoir offrir sa boite. Rien n’est dit sur le contenu de celle-ci mais on se doute bien que c’est qui est mentionnée par le résumé donné.
Josiane semble être fantasque car elle choisit les destinataires au feeling selon qu’ils lui semblent sympathiques ou « spéciaux ». Spécial dans quel sens? Point d’explication mais lorsqu’elle se décide sur sa prochaine « victime » en la personne de Trevor Statton, notre curiosité nous embarque dans le périple de Trevor.

Deuxième chapitre: Cela se passe presque deux semaines après la découverte de la fameuse boite par Trevor.

Il vient d’accéder à son poste de professeur dans une université parisienne et là, la façon dont est rédigée le roman est quelque peu déconcertante. Je m’attendais à un récit écrit à la première personne qui nous plongerait directement dans l’action à travers les yeux de Trevor mais en fait, nous avons plutôt affaire à un roman épistolaire dont le destinataire n’est jamais connu et finalement, c’est comme si Trevor s’adressait à nous. Il nous relate ses découvertes, s’adresse à nous comme si nous étions en face de lui et captive son auditoire comme il sait si bien le faire devant ses élèves.

Qu’est-il du contenu de cette fameuse boite?

Les premières choses dévoilées sont des missives écrites par un certain Camille (qui malheureusement, fait des fautes d’orthographe et de syntaxe horribles à lire) adressées à son oncle et qui concernent Louise « Louisette » Victor. Le projet de Camille est de l’épouser lorsqu’il sera de retour du front (l’intrigue concernant Louise se passe dans la période entre les deux Guerres Mondiales, Louise étant née en 1896) et plus tard, nous apprendrons que Camille et Louise sont cousins germains. A l’époque, les mariages consanguins sont courants mais le père de Louise n’acceptera jamais ce mariage.

Autre élément révélé est le récit de la vie du père de Louise à partir d’une photo datée de 1943. Là aussi, j’ai été déconcertée car sa vie est racontée à rebours. Le début du chapitre se concentre sur lui alors qu’il vient de mourir, atteint son apogée au moment où il envoie une photo à sa fille depuis le front et se conclut sur une autre mort.

Voilà le contexte de la vie de Louise Brunet, née Victor.

Louise a conscience de la chance qu’elle a d’être entourée d’hommes. La Première Guerre a laissé une France en surplus de femmes et elle, a encore son père, son mari Henri et son ami Pierre. Elevée comme toutes les jeunes filles de son époque, son bonheur consiste à nourrir ses hommes, elle déteste faire le ménage mais se trouve assez aisée grâce à l’affaire de bijouterie de Pierre et Henri pour engager une bonne de temps en temps et les progrès de son temps fait que pour le linge, elle n’a qu’à se rendre à la blanchisserie. Bref. En apparence, elle a les préoccupations que toute femme de son temps a.

En apparence car en réalité, Louise est en avance sur ton temps. Elle n’aspire qu’à se libérer de son carcan et mine de rien, elle est très lucide sur ce qui l’entoure.

Elle s’ennuie à l’église, peste sur les gants qu’elle est obligée de porter et son plaisir consiste à avouer de faux péchés au confessionnal. Juste pour le plaisir de s’amuser et peut-être de vivre à travers les mensonges qu’elle débite à ce pauvre prêtre.

En somme Louise est déjà une féministe. Elle sait que ses pensées la mènent vers un monde dangereux car non-accepté par la société, mais elle se languit de pouvoir vivre réellement.

Autre action significative de son état de pensée est le fait qu’elle se soit liée d’amitié avec son élève, Garance à qui elle « enseigne » le piano alors que manifestement, elle est très loin d’en avoir besoin. Leur temps se trouve donc passé à papoter de tout et de rien mais surtout à rêver ensemble.

Un jour, une nouvelle famille emménage dans son immeuble et une machine se met en branle.

Sans dévoiler beaucoup de ce qu’il se passe par la suite, disons simplement qu’à un moment de notre lecture, vers la fin du roman, passé et présent se confondent à tel point qu’on ne sait plus quelle scène se passe quand, si on n’est pas plongé dans un délire causé par la fièvre. On est aussi perturbé que celui ou celle qui la raconte (car il est vrai qu’on ne sait même plus dans quel point de vue on se trouve) et tout à coup, la lumière se fait. On suit passivement ce qui se déroule sous nos yeux et puis arrive la fin. Trop vite, beaucoup trop vite.

Vous tournez les pages. Les remerciements d’usage de l’auteure défilent et vous vous dites: « Quoi? c’est tout? »

Vous revenez en arrière, vous commencez à réfléchir à ce que vous avez lu au cours des deux derniers chapitres.

Et là: « Et si? »

Et si? Et si?

Vous re-feuilletez les pages, histoire de confirmer votre théorie.

Et si?

Ha, ha! Je vous y prends! Eh bien, je ne vous dirai rien! (Na!)

Mais ce que j’ai pu retirer de 13 rue Thérèse, c’est que toute histoire, toute vie est toujours à construire. Rien n’est écrit sur papier. Et c’est, je pense, la raison pour laquelle le roman se termine aussi abruptement. Nous bâtissons notre propre chemin.

Comme vous le voyez, j’ai beaucoup aimé comment Trevor extrapole la vie de Louise à partir des objets qu’il déniche dans la boîte que Josiane laisse à son intention. Je me suis prise à croire en les faits exposés et à les tenir pour vrais alors qu’en fait, rien n’est sûr. Seuls quelques éléments sont tangibles mais le reste?

Pour étayer ceci, le livre est rempli de photos, d’images qui ne font que rendre le récit plus vivant. On a vraiment l’impression de découvrir les reliques en même temps que « Monsieur ».

Quant à l’identité de « Monsieur », j’ai été plutôt surprise et en même temps, la révélation se cachant derrière m’a énormément plue.

Bref, 13 rue Thérèse m’a subjuguée et charmée.

Il m’a plongée dans une période sombre tout en réussissant l’exploit de me faire oublier le contexte de son histoire et de me projeter dans le corps d’une femme respirant la joie de vivre et qui embrasse la vie à pleines dents.

Vous ressortez de cette lecture plein d’optimisme et avec un sourire rêveur sur le visage. Le même sourire que celui qu’on visualise sur Louise en pensant à sa vie.

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